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Elle remercie Dieu, la Vierge et l'armée
de sa patrie. Camouflet pour Sarkozy, les Renaud et Cie, la famille Bétancourt, les parlementaires européens, tous les munichistes du vieux continent. La transbourgeoie fredonne son air favori -
“ouin ouin” - devant les objectifs des caméras et sous les commentaires pathétiques des journalistes débiles, trop contents, encore une fois, de parler d'eux-mêmes. Auto-satisfaction sans
entraves. A les entendre, ils ont liberé Ingrid ! Non, pauvres calotins de la social-démocratie. Ce sont les militaires colombiens, tenant dans leurs mains des M16, qui ont sorti votre Ingrid de
la jungle. A l'Elysée, c'était la fête ! Toute la famille Betancourt de sortie, avec les enfants, les cousines, la soeur, les tantes, etc. “Des fleuves de baisers” ? Et pourquoi pas une partouze
sur le parvis de l'hôtel de ville de Paris ? Maman est de retour.
Extrait de Vous aurez la guerre : Editions Jean Paul Bayol Avril 2008
(http://www.rebelles.info/article-18004068.html)
"Depuis plus de six ans, s’il en est bien une que l’on a eu le temps de connaître, c’est la belle Ingrid Betancourt. Les otages coréens étaient par trop exaltés. Mais que dire de l’écologiste
colombienne ? ! Une petite balade en voiture sur les routes de campagne au mois de février, elle n’y a pas résisté. Et voilà comment elle s’est retrouvée prisonnière des narco-guévaristes des
FARC, pauvre résidu des guérillas sud-américaines à cigares, celles qui ont fait se palucher plusieurs promotions d’étudiants en Sorbonne. Les guérilleros détiennent, selon des sources
concordantes, plusieurs centaines, voire plusieurs milliers d’otages disséminés sur tout le territoire colombien. Alors pourquoi Ingrid plus qu’un ou qu’une autre ? Voyons… Elle cumule les
handicaps : elle est riche, elle est écologiste, elle est de gauche, elle passe bien à la télévision, elle parle français, elle est l’ancienne élève de Dominique de Villepin, elle chante l’amour,
combat les vilains fascistes et souhaite s’arranger avec les FARC. Tels étaient le portrait et le programme de celle qui s’était présentée à l’élection présidentielle colombienne et dont on
oublie de dire qu’elle avait pris une jolie déculottée à cette occasion. Sa notoriété, sa popularité et son élévation au rang de sainte (on rêve d’une rencontre entre elle et Cécilia Sarkozy),
l’invraisemblable battage médiatique autour de sa captivité, le militantisme des people volant à son secours, les jérémiades de sa fille (elle aussi sanctifiée), ont de quoi stupéfier a priori.
Dans la démocratie contemporaine, il est des engouements et des épanchements obligatoires. Le cas Betancourt en fait partie. Munichistes de tous les pays, unissez-vous ! Il y a d’abord les
revendications des FARC (démilitarisation de certaines régions, remise en liberté de plusieurs de leurs combattants, etc.) que l’on nous présente comme raisonnables. Il y a ensuite le Président
colombien, Alvaro Uribe, que l’on dépeint comme un caniche de Washington, un nouveau Mussolini. Il y a surtout Mélanie Betancourt, avec son « maman » en bandoulière, squattant les plateaux de
télévision. Que nous dit-elle, la fille de « maman » ? Que sa mère est merveilleuse (on veut bien la croire), écolo thaumaturge (les Colombiens ne sont pas tous d’accord, apparemment), que cette
détention est abjecte (on acquiesce), mais aussi qu’Uribe est un dangereux autocrate (ça dérape), qu’il faut discuter avec les FARC et se résoudre à répondre favorablement à leurs demandes, qu’il
n’y a pas d’autres solutions. Une intervention militaire ? Non, pas possible, trop risquée, « mais vous n’y pensez pas ! ». Que Mlle Betancourt soit triste, que sa mère lui manque, il serait
difficile de s’en offusquer. Mais qu’elle vienne faire l’apologie des FARC sur les plateaux de télévision, c’est franchir le Rubicon. Encore, s’il ne s’agissait que d’une stratégie consistant à
faire la publicité des guérilleros en échange de la libération de « maman », on pourrait comprendre et même, à la rigueur, lui pardonner. Or, depuis le temps que Mélanie Betancourt dit du bien
des terroristes, si cela n’était que le fruit d’un deal, tous les otages entre les mains poudreuses de ceux-ci devraient avoir recouvré leur liberté. S’est-il trouvé quelqu’un pour contredire
Mlle Betancourt ? Personne. Simple décence face à la douleur d’une enfant ? Dans ce cas, il faudrait parler de « maman », de sa garde-robe, de ses hobbys, mais certainement pas de la politique
intérieure colombienne. Posters géants d’Ingrid, chansons, concerts ! Un produit.
L’indécence est dans l’oubli des centaines d’autres otages retenus en Colombie. Est-elle si importante, Ingrid Betancourt, pour que le Président français, tout juste élu, fasse de la fin de sa
détention une des priorités de son début de mandat ?
Sécher les larmes de Mélanie, cela passe encore, mal, mais cela passe. Par contre, qu’un Président français dicte à un autre pays souverain ce qu’il doit faire pour libérer Ingrid Betancourt,
cela ne passe plus. Que faire ? Suivre la logique, bien sûr ! Les FARC exigent que l’armée colombienne se retire de plusieurs localités ? Il faut retirer les troupes, dit-on à Paris. Les FARC
veulent voir certains de leurs camarades emprisonnés revenir dans leurs casemates ? Il faut libérer ! Quelle audace ! Quelle fermeté que celle de la France ! En échange de cela ? « On vous rendra
peut-être Ingrid », plaisantent les guérilleros. Bien joué. Ainsi la position de la France dans cette affaire consiste-t-elle uniquement à cautionner les desiderata des narco-terroristes et à
caresser dans le sens du poil Hugo Chavez (l’ami des scouts marxistes perdus dans la jungle depuis quarante ans). Heureusement, l’ignoble Uribe semble ne pas vouloir céder. Seule éclaircie dans
ce concours de pleurnicherie et de bassesse. Après la soumission, on effleure là le syndrome de Stockholm. Est-ce la prochaine étape ?"
Loïc Lorent pour aurores.net le 06 juillet 2008
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