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Mercredi 8 juillet 2009
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En 1980, l'assassinat de John Lennon avait marqué la fin définitive des illusions pacifistes et égalitaristes de la génération d'après-guerre. La mort de Michael Jackson est concomitante de la plus grave crise qu'ait connue un système économique, qu'il a incarné jusqu'à la caricature. Le plus grand vendeur de disques de l'histoire a en effet achevé sa carrière noyé dans un océan de dettes, qui a également englouti l'économie américaine et mondiale mais ne l'en a pas pour autant désintoxiquée. Michael Jackson a passé sa vie dans un monde imaginaire où Peter Pan s'est perdu, culte de l'enfance et pédophilie mêlés, à l'unisson d'un nouvel homme occidental qui refuse de grandir et d'assumer sa virilité. Il s'était acharné à dépigmenter sa peau ; avait coupé son nez épaté ; transformé son corps en un chantier, prêtre sacrificiel d'une religion du métissage qui nie les races mais voit des racistes partout. Il était devenu le roi talentueux d'une musique rock qui s'était dépouillée de ses origines contestataires - le combat des Noirs pour l'égalité, puis la parodie de révolution des années 60, qui avait permis aux enfants de la bourgeoisie de détruire les derniers obstacles au règne absolu du marché : famille, patrie, patriarcat, hiérarchisation culturelle et morale. Débarrassé de ses « archaïsmes », le capitalisme de séduction avait pu donner toute sa mesure. Il s'était étendu au monde, avait bombardé les cultures indigènes à partir de ses B-52's médiatiques ; une sexualité ostentatoire concrétisée par la main entre les jambes qu'arborait Michael Jackson, lui servait de marqueur puéril de la « liberté », mais suffisant pour séduire une jeunesse mondiale déculturée. Les monstres magnifiques de Thriller annonçaient à une classe moyenne occidentale fascinée par ce spectacle morbide son cruel déclassement social et historique.

Eric Zemmour pour le Figaro le 03 juillet 2009
Par Eric Zemmour - Publié dans : Chroniques d'Eric Zemmour
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Mardi 30 juin 2009

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François Fillon ne fut pas par hasard le muet du sérail versaillais. L'équilibre budgétaire jeté par les fenêtres, la distinction iconoclaste entre dépenses d'investissement et de fonctionnement, le grand emprunt et, donc, l'alourdissement de la dette, tout ce qu'a évoqué le Président dans son discours devant le Congrès est ce qu'a combattu François Fillon depuis deux ans. Mais la référence exaltée à l'héritage du Conseil national de la Résistance - qui instaura la Sécurité sociale et la planification ! - sonne aussi curieusement dans la bouche d'un Sarkozy qui brocardait naguère avec un talent cruel «le modèle social français», quand Jacques Chirac en était le héraut. Cette querelle n'est pas neuve. Elle date du début des années 90. Les partisans du modèle français défendaient « l'autre politique ». Ils avaient pour nom Séguin, Pasqua, Guaino, l'auteur du discours de Versailles... et François Fillon. Les partisans de l'orthodoxie budgétaire, du franc fort, du «cercle de la raison», comme disait Alain Minc, étaient Edouard Balladur et... Nicolas Sarkozy. Mais le retour trompeté du modèle français - si le Président va au-delà des mots - est l'antithèse des traités de Maastricht, d'Amsterdam et de Lisbonne. Il met à mort l'idéologie de la Commission, incarnée par ce Barroso que la France remet en selle : concurrence fiscale, dumping social et... libre-échange. Il impose le retour à un protectionnisme européen, que les taxes carbone et les références aux normes sociales pré figurent. L'inclination présidentielle pour la mondialisation « coopérative » préférée à la mondialisation « concurrentielle » est largement utopique. Le bras de fer est inévitable avec l'Allemagne, l'Angleterre, Bruxelles, les pays de l'Est, les Etats-Unis. Rien que ça ! Et, last but not least, une partie de sa majorité, l'aile libérale de « la mondialisation heureuse », où il trouva ses premiers soutiens. Nicolas Sarkozy y est-il prêt ?

Eric Zemmour pour le Figaro le 29 juin 2009

Par Eric Zemmour - Publié dans : Chroniques d'Eric Zemmour
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Dimanche 7 juin 2009

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Professionnels. Les socialistes ont achevé leur campagne sans passion ni enthousiasme, mais sans sortie de route. L'affichage ostentatoire de l'unité a fait rire - meeting commun Royal-Aubry -, n'a convaincu personne - soutien de toute sa génération à Benoît Hamon -, mais a réussi à étouffer les vrais débats : Manuel Valls qui ose approuver dans Le Figaro le projet de loi Estrosi sur les bandes. L'instinct de survie électorale existe encore au PS. Les européennes n'ont rien réglé pour la présidentielle, mais n'ont pas pourri les régionales. L'essentiel pour ce parti d'élus. Alors que l'UMP manque de réserves, le PS en a trop ; la bonne campagne de Mélenchon redonne du poids à gauche ; le MoDem est derrière son leader maximo et Cohn-Bendit a fait du bouche-à-bouche aux Verts. Les grands feudataires locaux décideront au cas par cas et, Rue de Solferino, on s'étripera sur «l'union de la gauche» ou «la modernité». Un classique. Le jeu de bascule entre le centre droit et l'extrême gauche, qui occupe les socialistes depuis la IIIe République, n'est pas près de cesser.

Entre-temps, les socialistes français auront pu mesurer leur terrible isolement en Europe. Pour marquer leur retour à gauche, le PS avait fait de Barroso sa tête de Turc. L'idée n'était pas malhabile tactiquement tant le président de la Commission incarne la mondialisation libre-échangiste, la «concurrence pure et non faussée», et l'atlantisme sans complexe. Tout ce que les socialistes français ont entériné depuis près de vingt ans, votant l'essentiel des mesures au Parlement européen avec la droite. L'hostilité à Barroso permettait de se défausser en douceur. Mais les socialistes espagnols et anglais, les Allemands aussi, refusèrent de lâcher le terne patron de Bruxelles. Les socialistes français se sont inclinés. Une fois de plus. Se sont retournés contre Sarkozy. Mais la dynamique de campagne fut alors brisée.

Eric Zemmour pour le Figaro le 06 juin 2009

Par Eric Zemmour - Publié dans : Chroniques d'Eric Zemmour
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Lundi 25 mai 2009

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Certains beaux esprits avaient vu dans la crise financière et le retour des solutions étatistes et keynésiennes la bouée de sauvetage qu'attendait une social-démocratie déboussolée. Le Parlement européen devrait être le fossoyeur de ces espérances. Il est vrai que celui-ci fut, des années durant, le lieu privilégié où la social-démocratie européenne, sous la houlette allemande, poussa le plus loin son alliance avec les droites pour accoucher d'une Europe libérale et libre - échangiste, où la concurrence était « pure et parfaite », et le marché, roi. A partir de la chute du mur de Berlin, en 1989, la social-démocratie européenne n'obtint plus rien d'un patronat qui ne craignait plus la menace communiste. Le capitalisme retourna l'internationalisme contre la gauche, transforma les damnés de la terre africains ou asiatiques en concurrents ; dynamita l'unité de la classe ouvrière par la féminisation de la population active et l'immigration massive. Et euthanasia les indépendants d'antan au profit de salariés sous-payés dans les services, détruisant l'ancienne spécificité du « parti des salariés ». Les gauches anglaises ou espagnoles ont longtemps fait de cette apostasie une preuve de leur pragmatisme. Les socialistes français n'ont jamais eu cette intelligence ou ce culot. Ils ont traîné les pieds mais suivi l'air du temps. Ils ont cru prendre leur revanche en mettant Barroso au pilori, et en contestant - timidement - le libre-échange. Les ténors sociaux-démocrates anglais, allemands ou espagnols leur ont cloué le bec en soutenant le terne président de la Commission. Comme s'ils voulaient leur montrer qu'en dépit de tout, et de leurs discours récemment « gauchis », ils ne reniaient rien.

Si les uns et les autres devraient être sanctionnés, les premiers le seront pour leur obstination, et les seconds, pour leur faiblesse.

Eric Zemmour pour le Figaro le 23 mai 2009

Par Eric Zemmour - Publié dans : Chroniques d'Eric Zemmour
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Mercredi 6 mai 2009

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C'est le retour des seventies. On célèbre le quarantième anniversaire de Wood-stock. Ne manquent que les cheveux longs et les pantalons pattes d'éléphant. Les patrons sont séquestrés, molestés, menacés. Les préfectures saccagées. Le pouvoir consterné et débordé. Ressort la loi anticasseurs. La gauche compréhensive est gênée. Les syndicats débordés. L'extrême gauche agite, manipule, excite. Comme un poisson dans l'eau. Les méthodes musclées expérimentées en Martinique sont imitées. La lutte entre la CGT (et la CFDT) et les trotskistes pour le «contrôle de la classe ouvrière» fait rage, aujourd'hui comme il y a trente ans. Pourtant, le contexte est radicalement différent. Au début des années 70, notre pays connaissait une croissance économique fastueuse, jamais vue ni avant ni depuis. L'Etat pompidolien colbertiste dirigeait la manœuvre, au sein d'un ensemble européen ouvert, mais protégé. La part des salaires dans la valeur ajoutée était fort élevée, et les inégalités sociales en Europe et même aux Etats-Unis n'avaient jamais été autant réduites. Le discours marxiste s'avérait plaqué, artificiel, déconnecté. Aujourd'hui, c'est quasiment l'inverse. Un discours anticapitaliste sommaire, qui relève plus de la jacquerie que du marxisme, répond à un capitalisme mondialisé en grave crise. L'Etat a été dé sarmé par vingt ans de privatisations et de libéralisation du marché des capitaux. L'Europe est l'espace le plus ouvert du monde. Les inégalités, aux Etats-Unis et même en Europe, ressemblent de plus en plus à celles qui prévalaient avant la crise de 1929. Près d'un tiers des enfants de cadres sont ouvriers ou employés. Comme dans les années 70, la Chine est à la mode. Certains la voient comme un sauveur, elle en effraie d'autres. Mais ce ne sont plus les mêmes.

Eric Zemmour pour le Figaro le 04 mai 2009

Par Eric Zemmour - Publié dans : Chroniques d'Eric Zemmour
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Dimanche 19 avril 2009

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Je vous parle d'un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître. Les ministres, en ce temps-là, remplissaient une mission. L'Etat, la République, la France, la gauche ou mon général, ils en avaient plein la bouche. Costumes trois pièces et langue de bois. Télé en noir et blanc même sur écran couleur. Candidats à rien, mais prêts à tout. Une dignité empreinte de gravité. Servir seulement, disaient-ils. Personne n'en croyait mot. On savait l'ambition, la manigance, la courtisanerie. Mais on la cachait avec soin. On était choisi pour ses « compétences » ; mais aussi (surtout) pour son poids politique dans le parti, dans sa région ou sa ville. Son amitié avec le Président. Rien n'a changé ? Si, le style. Et le style, c'est l'homme. Désormais, on revendique tout de chic. En toute franchise. Toute transparence. L'ambition, on la porte en sautoir sur une robe Dior ou une chemise sans cravate. On imite le chef qui songeait à l'Elysée en se rasant. On croit ainsi lui complaire. Justice, Education, Agriculture, c'est la foire d'empoigne. On fanfaronne, on s'époumone. On revendique, on s'agite, on soigne son bruit médiatique. On envoie une lettre de motivation au PDG de la French Corporation Inc. Parfois, il reçoit une boîte de chocolats. On lui réclame promotion, faveur, soutien. Le Président a composé son gouvernement sur des critères « new style » : avoir de bons sondages de popularité, bien passer (et souvent) à la télévision, être une femme ou un enfant d'immigré récent. La compétence ou le poids politique n'ont aucune importance : l'Elysée s'occupe de tout. La notion de remaniement est vidée de son sens puisque la notion de gouvernement n'a plus vraiment cours. Nos ministres sont fringants, dynamiques, transparents. Les anciens étaient ternes, austères, hypocrites. De grâce, rendez-nous l'hypocrisie.

Eric Zemmour pour le Figaro le 18 avril 2009

Par Eric Zemmour - Publié dans : Chroniques d'Eric Zemmour
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Dimanche 12 avril 2009

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On a enfin compris pourquoi la première lettre envoyée par Barack Obama à destination de la France fut pour... Jacques Chirac. Ce n'était pas une erreur de la poste ni un pied de nez à Sarkozy. C'était pour la Turquie. Dans son discours de Prague, dimanche dernier, Obama a en effet repris au mot près l'argumentaire de l'ancien président français en faveur de l'entrée de la Turquie dans l'Union européenne. Pont entre l'Occident et l'Islam, la Turquie dans l'Europe, ce serait la fin assurée du choc des civilisations. Disent-ils. Sarkozy reste insensible à cette idée. Il l'a redit. Mais pas devant le président américain, à qui il a parlé... de réchauffement clima tique. Les Américains, de Bush à Obama, n'ont pas changé d'avis : l'entrée de la Turquie dans l'Europe ferait coïncider les frontières de l'UE avec celles de l'Otan. Défense européenne, soldats américains, grand marché transtlantique, c'est tout comme pour eux. Et pour les Anglais et les pays de l'Europe centrale. Et pour l'Italie aussi, et l'Espagne et les Nordiques. En ramenant la France dans les struc tures intégrées de l'Otan sans rien obtenir sur la défense européenne, le président Sarkozy a donné des gages à « la famille occidentale ». Il peut légitimement arguer que son retour ne signifie pas soumission. Qu'il repoussera l'entrée de la Turquie dans l'Union, avec l'aide des Allemands, comme les deux pays ont déjà bloqué l'élargissement de l'Otan à l'Ukraine et la Géorgie. Allié fidèle, mais debout. Mais Obama n'est pas Bush : la puérile et irraisonnée « obamania » des opinions et médias européens joue contre toute velléité d'indépendance. Au sommet de Prague, les chefs d'Etat européens avaient l'air de petits garçons avides de plaire au père prodigue de retour. Combien de temps Sarkozy pourra-t-il résister à l'amicale pression de toute la « famille » ?

Eric Zemmour pour Le Figaro le 11 avril 2009

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Dimanche 5 avril 2009

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Le Pen «light». L'insulte a claqué comme un fouet. Alain Minc en a cinglé les flancs de François Bayrou au moment où celui-ci lançait la campagne européenne du MoDem. Dans la bouche de l'éminent conseiller des grands patrons français, c'est une variante de « populiste », « franchouillard » aux limites de la xénophobie. L'horreur. Infréquentable. Ringard. Poujadiste. Etc.

Le Pen light. Alain Minc le dit, Nicolas Sarkozy le pense. Le Pen light. Les bien-pensants de gauche surnommaient ainsi pendant la présidentielle... le candidat Sarkozy. Avant, on disait « fasciste ». Facho-Chirac. Général Boulanger. Badinguet. François Bayrou a en effet misé sa présidentielle de 2012 sur un seul numéro : le modèle français contre le modèle américain. L'égalité contre la liberté. La vieille méfiance catholique face à l'argent et à l'ostentation des Rolex. La terre contre la mer. L'Etat providence contre les subprimes. Il pilonnera « Sarkozy l'Américain », la soumission à l'Otan, l'Europe libérale. Bayrou retournera contre le président sortant les discours qu'Henri Guaino avait concoctés pour le candidat Sarkozy en 2007. La présidentielle en France se gagne toujours ainsi, sur une ligne monarcho-bonapartiste pour le style, et le christianisme social pour le fond. La gloire et l'égalité. Charles Maurras et Marc Sangnier. Après, on gouverne pour les modernes, les technos, l'Europe, les médias. Tout le contraire.

Alors, Le Pen light, pour le décrédibiliser d'avance. Le couper de ses soutiens potentiels, dans les élites ou à gauche. Le positionnement de Bayrou contredit en effet sans vergogne tout ce que sa famille politique a fait et dit depuis trente ans. Il tente de capter l'héritage gaulliste tant vilipendé par les siens. Le fils de Lecanuet renie son père adoptif sans états d'âme. Sans doute n'y a-t-il jamais vraiment cru. Et Paris vaut bien une messe.

Eric Zemmour pour Le Figaro le 04 avril 2009

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Samedi 28 mars 2009
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C'est Martine à l'école. Martine est une bonne élève, laborieuse, un rien tâcheronne ; elle ne brille guère mais sa bonne volonté la fait aimer des profs. Pour obtenir son prix de premier secrétaire, Martine a triché, mais elle a eu la chance de ne pas se faire prendre. Depuis, Martine accomplit studieusement toutes les épreuves au programme. Elle met le bureau politique au travail ; elle houspille le personnel de la Rue de Solferino qui s'était endormi sous le débonnaire François ; elle pousse les courants à se déchirer ; elle édifie les listes des européennes, panachant, parachutant, charcutant ; elle cogne Sarkozy comme se doit un chef de l'opposition. Elle défend les «libertés menacées» avec des textes retrouvés au grenier ; ils dataient du second Empire, mais Martine aime chiner. Avec ses antiquités lyriques à la Victor Hugo, Martine était sûre d'enthousiasmer le Zénith, mais il n'y avait plus un socialiste dans la salle. Ce dimanche, elle passera « le » Drucker ; elle sera « magnifique », sourira, caressera le chien de Michel. Elle est le premier secrétaire que le PS attendait depuis Lionel Jospin ; mais il n'y a plus de Parti socialiste, rien qu'un syndicat d'élus. Martine est une enfant des années 70. Un mélange de poigne première gauche et d'idées deuxième gauche. Alors, on la disait « moderne ». C'était un temps où le premier secrétaire du PS devenait d'office le présidentiable de la gauche. Automatique comme un classement de sortie de l'ENA. Le bon temps, songe Martine, quand les bons élèves étaient plébiscités. Mais notre époque aime les cancres, ceux qui écorchent le français, ceux qui lui racontent des histoires, des comptines pour enfants de fille de militaire battue ou de jeunesse pauvre à Neuilly. Les foules sentimentales ne s'intéressent pas assez au sort des pauvres élèves modèles.

Eric Zemmour pour le Figaro le 28 mars 2009
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Samedi 21 mars 2009

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Dans un mois ou dans un an, un policier sera tué à l'occasion d'un traquenard banlieusard. Un et puis deux et puis trois. Et puis dix. Alea jacta est. L'histoire est écrite. Selon un rituel immuable.

Tout a commencé il y a trente ans. A chaque fois, la barre est hissée plus haut. On jette une pierre et puis des centaines. On brûle une voiture et puis des milliers. Le soir du Nouvel An, à Strasbourg, et puis tous les soirs, partout. On dépouille les petits bobos pendant la Fête de la musique. Et puis à toutes les manifs. On sort les couteaux, et puis les haches, et puis les marteaux. On tire sur une voiture de police. Et puis on multiplie les traquenards. On sort les pistolets à grenaille, les fusils. Et demain, les kalachnikovs ?

A chaque fois, les médias s'émeuvent, les syndicats de police s'époumonent, les politiques menacent. Les sociologues expliquent doctement que ces jeunes expriment une souffrance, une douleur, un mal-vivre. La faute au chômage, à l'exclusion, aux discriminations. A Voltaire. A Rousseau.

Et tout retombe et tout recommence. Les sociologues poursuivent : «Il n'y a pas de bandes ethniques», c'est-à-dire que des enfants d'immigrés africains se mêlent à des Antillais. On est soulagé. Les policiers reculent. Les territoires « libérés » s'étendent. Les trafiquants de drogue se réjouissent. Plus on dérangera la tranquillité de leurs trafics, plus ils feront monter les enchères de la violence. Ils se pavanent en BMW ; ils menacent, ils rackettent, mais ils protègent aussi et remplissent les Caddies. Ils jouent Scarface tous les jours. «Il n'y a pas de zones de non-droit en France.» Les policiers vont partout. Avec des CRS par dizaines, déguisés en Robocop. Trois petits tours et puis s'en vont. Ils doivent contenir, mais non répliquer. Zéro mort. L'Etat n'a plus le monopole de la violence légitime.

Eric Zemmour pour le Figaro le 21 mars 2009

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Dimanche 15 mars 2009

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Le cinéma français aime les clandestins. Après Eden à l'Ouest, de Costa-Gavras, voici Welcome, de Philippe Lioret. Images léchées, acteurs vibrants, histoire poignante. Hommes « en colère ». Engagement « citoyen ». «J'ai comme le sentiment d'avoir raconté l'histoire d'un type qui a protégé un Juif dans sa cave», dit Lioret. Oubliées les accointances du cinéma français avec les autorités d'occupation allemande ! Tous « Résistants ». Tous « Justes ». Le ministre Eric Besson s'émeut du rapprochement «entre police républicaine et police vichyste». La comparaison entre immigrés et Juifs est pourtant un standard de la lutte antiraciste. Dès les années 80, les communicants de l'Elysée inventèrent pour SOS Racisme une petite main de même couleur que l'étoile jaune. Un hasard. Les Juifs étaient envoyés en camps de concentration ; les immigrés rapatriés dans leurs pays. Un détail. Le but était de diaboliser la lutte contre l'immigration clandestine, de culpabiliser la population, de délégitimer le respect de la loi. Cette action inhibitrice d'une rare efficacité a enrichi les passeurs et les patrons des entreprises qui utilisent cette main-d'œuvre bon marché. La mondialisation repose sur un trépied : celui des capitaux, des marchandises mais aussi des hommes, qui permettent de rendre plus rentables les deux autres. Ce système a explosé à l'automne 2008. C'est peut-être pour cette raison que le cinéma pousse les feux.

Le cinéma français est un marché protégé par une politique culturelle et fiscale d'un Etat qu'il accuse de vichysme, mais qui lui donne les moyens d'échapper à la déflation salariale qu'entraîne la mondialisation. Sans doute ce qui permet aux acteurs et metteurs en scène d'être les nouveaux prêtres de la religion du politiquement correct. « Idiots utiles » du capitalisme, peut-être, mais pas fous.

Eric Zemmour pour le Figaro le 14 mars 2009

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Jeudi 12 mars 2009
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Vous avez aimé le travail du dimanche ? Vous adorerez l'homoparentalité. Des débats, des polémiques, un groupe parlementaire UMP en ébullition. Peut-être la démission d'un ministre, la très catholique Christine Boutin. Avec une différence majeure : la gauche soutiendra cette fois le gouvernement. Mieux ou pire pour Fillon ? Tactiquement, on reconnaît la patte présidentielle : être une cible toujours mobile ; donner des gages à la gauche sociétale, les fameux « bobos » ; plaire aux médias ; paraître « moderne » et « libéral » surtout au moment où les mauvaises nouvelles économiques plombent l'ambiance. Avec de semblables habiletés, Giscard, au milieu des années 70, espérait gagner les bonnes grâces de la génération 68 ; après son virage libéral de 1983, la gauche l'a imité : il fallait faire oublier le renoncement social par le progressisme sociétal. Le résultat est toujours le même : l'électorat populaire (et âgé) s'enfuit à toutes jambes. Celui qui a « fait » l'élection de Sarkozy. Le Président a souvent regretté l'hostilité instinctive de la droite au pacs. Ce dernier s'est pourtant avéré l'apanage quasi exclusif des couples traditionnels, mais, devenu un mariage allégé, a rétabli une sorte de répudiation moderne. «L'homoparentalité existe, la loi doit donc la reconnaître.» On connaît l'antienne consumériste. Il existe aussi de nombreuses familles polygames en France. La loi doit-elle donc les reconnaître ? C'est le paradoxe de la droite : le marché qu'elle vénère détruit les valeurs ancestrales qui l'ont façonnée - famille, effort, mérite, nation. Au moment même où Sarkozy renonce en économie à l'illusion du marché roi, qu'il retrouve les vertus du dirigisme pompidolien, il tarde à redécouvrir les conceptions conservatrices du même Pompidou : c'est justement quand l'économie bouleverse la vie des gens qu'il faut conserver un môle rassurant, les mœurs.

Eric Zemmour pour le Figaro le 06 mars 2009
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Dimanche 1 mars 2009

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Elle fut une star. Longtemps, elle symbolisa l'avenir. Les « modernes » de droite et de gauche avaient les yeux brillants quand ils prononçaient son nom en allemand : Land. La Région avait ringardisé le département ; elle devait même remplacer l'Etat-nation, au sein de la glorieuse « Europe des régions ». Si le comité Balladur est écouté, les Régions perdront pourtant leur compétence générale. Leur liberté de se mêler de tout. Cantonalisées, départementalisées. Recadrées sur des missions économiques.

Les circonscriptions administratives furent historiquement liées au mode de déplacement. Le paysan se rendait à pied dans sa commune, avant de rentrer chez lui, à la nuit tombée. Le chef-lieu du département était de même atteint en une journée de cheval. La région était liée à l'automobile. Le TGV a tué la région. Et redonné des couleurs au colbertisme. Nos Régions ne seront jamais des Länder ou des Generalidades. Rhône-Alpes ne sera jamais le Piémont. Nous n'avons pas cette histoire ; nous ne l'aurons jamais. La France est un peu comme ces pays sous-développés qui passent directement au téléphone portable, sans passer par le fixe, et sautent directement à la technologie la plus récente. L'avenir appartient aux grandes métropoles qui, à l'instar du Grand Paris, peuvent accueillir sans ridicule des sièges sociaux. Lyon, Marseille, Toulouse, Nice, Lille, Strasbourg. Bordeaux pour faire plaisir à Juppé.

La Région fut un rêve d'élites. Jamais les populations locales ne s'y sont attachées. Au contraire de la commune, mais aussi du département, comme l'a montré la picrocholine guerre des plaques d'immatriculation. La Fontaine aurait aimé l'histoire de la Région : celle de la grenouille qui veut se faire aussi grosse que le bœuf ; et finit par éclater.

Eric Zemmour pour le Figaro le 28 février 2009

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Samedi 21 février 2009

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C'est la première bonne nouvelle survenue Rue de Solferino depuis des lustres. Elle baisse, elle tombe, elle chute, Ségolène Royal. Sa cote sondagière subit des trous d'air. Or, le (bon) sondage est le fondement même du « système Royal ». Dans sa guerre-éclair de l'hiver 2006 pour obtenir l'investiture du PS à la présidentielle, le sondage fut à Ségolène Royal ce que l'artillerie fut à Bonaparte : l'arme absolue pour détruire les défenses adverses, avant de lancer sur elles la cavalerie. Martine Aubry monte dans les sondages. Mécanique fonctionnelle qui favorise celle qui a les manettes. Pas seulement. L'ancienne candidate du PS paye elle aussi la mauvaise image de son parti. Elle n'a pas tiré les leçons de sa défaite de 2007. Elle plaît mais ne convainc pas. Elle séduit mais ne rassure pas. Elle privilégie l'originalité sur la crédibilité. Son dernier livre amuse, mais on ne retient que sa langue de vipère (si drôle et souvent si juste) sur les dignitaires socialistes. Alors qu'elle avait réussi enfin à fédérer derrière elle une équipe de grande qualité, Peillon, Valls, Gorce, Rebsamen, Boutih, etc., ses rapports s'enveniment avec Peillon, et elle se replie déjà sur ses anciens réseaux Désirs d'avenir, qui ont montré leur manque de savoir-faire politique.

Entre complexes d'infériorité et de supériorité, elle se défie de tous ceux qui pourraient lui faire de l'ombre (Peillon), mais, persuadée de son originalité, elle refuse d'être un Reagan français et le simple porte-voix charismatique de ses conseillers. En pleine bataille de Reims, elle a songé à quitter le parti. Elle recherche l'investiture du PS et la méprise en même temps. Elle n'en a pas les codes et s'en fait gloire. Une des missions dévolues à la nouvelle équipe de la Rue de Solferino est de la décourager. Sera-t-elle candidate contre le candidat du PS en 2012 ?

Eric Zemmour pour le Figaro le 21 février 2009

Par Eric Zemmour - Publié dans : Chroniques d'Eric Zemmour
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Dimanche 15 février 2009

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La vie politique française offre souvent le spectacle de ces combats à fronts renversés. Quand Nicolas Sarkozy ramène la France dans les structures intégrées de l'Alliance atlantique, l'ancien militant du RPR qu'il fut semble jeter aux orties l'enseignement du général de Gaulle. Lorsqu'il conteste sa décision avec véhémence, François Bayrou paraît renier l'engagement d'un de ses maîtres : Jean Lecanuet. Le gaulliste exalte la « défense européenne » et renforce la solidarité occidentale ; le centriste évoque, avec des trémolos dans la voix, l'indépendance de la France et son message original. On se pince. Non, on ne rêve pas, François Bayrou ne rate jamais une occasion de porter le flambeau du meilleur opposant. Bayrou a compris mieux que d'autres que, dans la Ve République, et plus encore dans le système ultra-personnalisé et ultra-médiatisé de Sarkozy, on ne tape qu'à la tête. Ce charivari idéologique et historique n'a pas seulement des causes tactiques. Depuis la chute du mur de Berlin, l'Otan aurait dû disparaître, puisque son adversaire, l'Union soviétique, avait sombré. Aussitôt libérées, les anciennes démocraties populaires se sont pourtant ruées dans l'Otan ; des satellites séculaires de Moscou, Géorgie ou Ukraine, en rêvent. Les nouveaux arrivants ont le zèle des convertis. L'Amérique a renforcé son pouvoir, qu'elle exerce seule. Sarkozy et Bayrou prônent tous deux une défense européenne, mais les autres Européens jugent que l'armée américaine en fait déjà fonction. La France n'a jamais abandonné l'Alliance atlantique ; mais le général de Gaulle avait quitté les structures militaires intégrées parce qu'il refusait de suivre les Etats-Unis en dehors de l'Europe. A l'époque, au Vietnam. L'Otan ne cesse depuis de sortir de sa zone d'origine. Une sorte d'ONU bis. Une alliance occidentale, dans un monde où l'Occident n'est plus le maître absolu.

Eric Zemmour pour le Figaro le 14 février 2009

Par Eric Zemmour - Publié dans : Chroniques d'Eric Zemmour
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Claude Moniquet : Ancien journaliste, auteur spécialisé, expert internationalement reconnu en matière de contre-terrorisme, il a fondé en mai 2002, l’ESISC (European Strategic Intelligence and Security Center) qui a repris à son compte, dès sa création, le travail d’observation et d’analyse du terrorisme international et des questions stratégiques qui était mené depuis plus de vingt ans par certains de ses promoteurs.

Alexandre Del Valle : Essayiste, Géopolitologue, co-fondateur de l’Observatoire géopolitique de la Méditerranée (basé à Chypre) ; Membre du Conseil de Rédaction de la Revue française de Géopolitique Outre Terre, Alexandre Del Valle inscrit toutes ses études, interventions et écrits dans le cadre de la démarche géopolitique qui consiste à étudier « les rivalités de pouvoirs autour des territoires ou ressources », ainsi que les « représentations » développées par les acteurs en lice.

Guy Millière : - Professeur à l’Université PARIS VIII Histoire des cultures, Philosophie du droit
- Visiting Professor à la California State University, Long Beach.
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- Membre du comité de rédaction d’Outre-terre, revue de géopolitique dirigée par Michel Korinman
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Liberalia de 1989 à 1992 


Ivan Rioufol : Senior fellow à l'Atlantiste Institute et chroniqueur à l'émission On refait le monde, sur RTL. Il est titulaire d'un DEA de droit maritime et aérien et a débuté une carrière de journaliste, en 1976, au quotidien nantais Presse-Océan. Il rejoint Le Figaro en 1985 au service « La vie des médias », responsable de la rubrique « Confidentiel ». Il devient rédacteur en chef du service des informations générales, puis éditorialiste et membre du comité éditorial du journal en 2000. Depuis 2002, succédant à Max Clos, il tient dans Le Figaro un « Bloc-notes » publié chaque vendredi.

Michel Gurfinkiel : Ecrivain et journaliste, président de l’institut Jean-Jacques Rousseau, correspondant en France de Commentary et Weekly Standard, auteur de Israël, géopolitique d’une paix (1991), La cuisson du homard (2001), Le testament d’Ariel Sharon (2006), à paraître au début 2008 son livre sur l’histoire du sionisme et d’Israël.

Robert Redeker : Agrégé de philosophie, chercheur au CNRS. Membre du comité de rédaction de la revue Les Temps Modernes. Membre du comité scientifique du CALS (Université Toulouse-le-Mirail). Membre du comité scientifique de la revue Culture Droit.  Membre du comité de rédaction de la revue
Des Lois et des Hommes . Membre de la commission " philosophie- sciences religieuses- psychanalyse " du Centre National du Livre . 

 Gérard Pince : Docteur de 3éme cycle en Economie du Développement-Université de Paris - Diplômé de l'Institut d'Etudes Politiques de Paris-Licencié en Droit - Chevalier de l'Ordre National du Mérite - Inventeur d'une machine comptable pour analphabètes - Fondateur et Président de Free World Academy.

Claude Reichman : docteur en chirurgie dentaire de la faculté de médecine de Paris. Il est l'un des initiateurs de la
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