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François Fillon ne fut pas par hasard le muet du sérail versaillais. L'équilibre budgétaire jeté par les fenêtres, la distinction
iconoclaste entre dépenses d'investissement et de fonctionnement, le grand emprunt et, donc, l'alourdissement de la dette, tout ce qu'a évoqué le Président dans son discours devant le Congrès est
ce qu'a combattu François Fillon depuis deux ans. Mais la référence exaltée à l'héritage du Conseil national de la Résistance - qui instaura la Sécurité sociale et la planification ! - sonne
aussi curieusement dans la bouche d'un Sarkozy qui brocardait naguère avec un talent cruel «le modèle social français», quand Jacques Chirac en était le héraut. Cette
querelle n'est pas neuve. Elle date du début des années 90. Les partisans du modèle français défendaient « l'autre politique ». Ils avaient pour nom Séguin, Pasqua, Guaino, l'auteur du discours
de Versailles... et François Fillon. Les partisans de l'orthodoxie budgétaire, du franc fort, du «cercle de la raison», comme disait Alain Minc, étaient Edouard
Balladur et... Nicolas Sarkozy. Mais le retour trompeté du modèle français - si le Président va au-delà des mots - est l'antithèse des traités de Maastricht, d'Amsterdam et de Lisbonne. Il met à
mort l'idéologie de la Commission, incarnée par ce Barroso que la France remet en selle : concurrence fiscale, dumping social et... libre-échange. Il impose le retour à un protectionnisme
européen, que les taxes carbone et les références aux normes sociales pré figurent. L'inclination présidentielle pour la mondialisation « coopérative » préférée à la mondialisation «
concurrentielle » est largement utopique. Le bras de fer est inévitable avec l'Allemagne, l'Angleterre, Bruxelles, les pays de l'Est, les Etats-Unis. Rien que ça ! Et, last but not
least, une partie de sa majorité, l'aile libérale de « la mondialisation heureuse », où il trouva ses premiers soutiens. Nicolas Sarkozy y est-il prêt ?
Eric Zemmour pour le Figaro le 29 juin 2009
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Professionnels. Les socialistes ont achevé leur campagne sans passion ni
enthousiasme, mais sans sortie de route. L'affichage ostentatoire de l'unité a fait rire - meeting commun Royal-Aubry -, n'a convaincu personne - soutien de toute sa génération à Benoît Hamon -,
mais a réussi à étouffer les vrais débats : Manuel Valls qui ose approuver dans Le Figaro le projet de loi Estrosi sur les bandes. L'instinct de survie électorale existe encore au PS.
Les européennes n'ont rien réglé pour la présidentielle, mais n'ont pas pourri les régionales. L'essentiel pour ce parti d'élus. Alors que l'UMP manque de réserves, le PS en a trop ; la bonne
campagne de Mélenchon redonne du poids à gauche ; le MoDem est derrière son leader maximo et Cohn-Bendit a fait du bouche-à-bouche aux Verts. Les grands feudataires locaux décideront au cas par
cas et, Rue de Solferino, on s'étripera sur «l'union de la gauche» ou «la modernité». Un classique. Le jeu de bascule entre le centre droit
et l'extrême gauche, qui occupe les socialistes depuis la IIIe République, n'est pas près de cesser.
Entre-temps, les socialistes français auront pu mesurer leur terrible isolement en Europe. Pour marquer leur retour à gauche, le PS avait fait de Barroso sa tête de Turc. L'idée n'était pas
malhabile tactiquement tant le président de la Commission incarne la mondialisation libre-échangiste, la «concurrence pure et non faussée», et l'atlantisme sans
complexe. Tout ce que les socialistes français ont entériné depuis près de vingt ans, votant l'essentiel des mesures au Parlement européen avec la droite. L'hostilité à Barroso permettait de se
défausser en douceur. Mais les socialistes espagnols et anglais, les Allemands aussi, refusèrent de lâcher le terne patron de Bruxelles. Les socialistes français se sont inclinés. Une fois de
plus. Se sont retournés contre Sarkozy. Mais la dynamique de campagne fut alors brisée.
Eric Zemmour pour le Figaro le 06 juin 2009
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Certains beaux esprits avaient vu dans la crise financière et le retour des
solutions étatistes et keynésiennes la bouée de sauvetage qu'attendait une social-démocratie déboussolée. Le Parlement européen devrait être le fossoyeur de ces espérances. Il est vrai que
celui-ci fut, des années durant, le lieu privilégié où la social-démocratie européenne, sous la houlette allemande, poussa le plus loin son alliance avec les droites pour accoucher d'une Europe
libérale et libre - échangiste, où la concurrence était « pure et parfaite », et le marché, roi. A partir de la chute du mur de Berlin, en 1989, la social-démocratie européenne n'obtint plus rien
d'un patronat qui ne craignait plus la menace communiste. Le capitalisme retourna l'internationalisme contre la gauche, transforma les damnés de la terre africains ou asiatiques en concurrents ;
dynamita l'unité de la classe ouvrière par la féminisation de la population active et l'immigration massive. Et euthanasia les indépendants d'antan au profit de salariés sous-payés dans les
services, détruisant l'ancienne spécificité du « parti des salariés ». Les gauches anglaises ou espagnoles ont longtemps fait de cette apostasie une preuve de leur pragmatisme. Les socialistes
français n'ont jamais eu cette intelligence ou ce culot. Ils ont traîné les pieds mais suivi l'air du temps. Ils ont cru prendre leur revanche en mettant Barroso au pilori, et en contestant -
timidement - le libre-échange. Les ténors sociaux-démocrates anglais, allemands ou espagnols leur ont cloué le bec en soutenant le terne président de la Commission. Comme s'ils voulaient leur
montrer qu'en dépit de tout, et de leurs discours récemment « gauchis », ils ne reniaient rien.
Si les uns et les autres devraient être sanctionnés, les premiers le seront pour leur obstination, et les seconds, pour leur faiblesse.
Eric Zemmour pour le Figaro le 23 mai 2009
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C'est le retour des seventies. On célèbre le quarantième anniversaire de
Wood-stock. Ne manquent que les cheveux longs et les pantalons pattes d'éléphant. Les patrons sont séquestrés, molestés, menacés. Les préfectures saccagées. Le pouvoir consterné et débordé.
Ressort la loi anticasseurs. La gauche compréhensive est gênée. Les syndicats débordés. L'extrême gauche agite, manipule, excite. Comme un poisson dans l'eau. Les méthodes musclées expérimentées
en Martinique sont imitées. La lutte entre la CGT (et la CFDT) et les trotskistes pour le «contrôle de la classe ouvrière» fait rage, aujourd'hui comme il y a trente
ans. Pourtant, le contexte est radicalement différent. Au début des années 70, notre pays connaissait une croissance économique fastueuse, jamais vue ni avant ni depuis. L'Etat pompidolien
colbertiste dirigeait la manœuvre, au sein d'un ensemble européen ouvert, mais protégé. La part des salaires dans la valeur ajoutée était fort élevée, et les inégalités sociales en Europe et même
aux Etats-Unis n'avaient jamais été autant réduites. Le discours marxiste s'avérait plaqué, artificiel, déconnecté. Aujourd'hui, c'est quasiment l'inverse. Un discours anticapitaliste sommaire,
qui relève plus de la jacquerie que du marxisme, répond à un capitalisme mondialisé en grave crise. L'Etat a été dé sarmé par vingt ans de privatisations et de libéralisation du marché des
capitaux. L'Europe est l'espace le plus ouvert du monde. Les inégalités, aux Etats-Unis et même en Europe, ressemblent de plus en plus à celles qui prévalaient avant la crise de 1929. Près d'un
tiers des enfants de cadres sont ouvriers ou employés. Comme dans les années 70, la Chine est à la mode. Certains la voient comme un sauveur, elle en effraie d'autres. Mais ce ne sont plus les
mêmes.
Eric Zemmour pour le Figaro le 04 mai 2009
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Je vous parle d'un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître. Les
ministres, en ce temps-là, remplissaient une mission. L'Etat, la République, la France, la gauche ou mon général, ils en avaient plein la bouche. Costumes trois pièces et langue de bois. Télé en
noir et blanc même sur écran couleur. Candidats à rien, mais prêts à tout. Une dignité empreinte de gravité. Servir seulement, disaient-ils. Personne n'en croyait mot. On savait l'ambition, la
manigance, la courtisanerie. Mais on la cachait avec soin. On était choisi pour ses « compétences » ; mais aussi (surtout) pour son poids politique dans le parti, dans sa région ou sa ville. Son
amitié avec le Président. Rien n'a changé ? Si, le style. Et le style, c'est l'homme. Désormais, on revendique tout de chic. En toute franchise. Toute transparence. L'ambition, on la porte en
sautoir sur une robe Dior ou une chemise sans cravate. On imite le chef qui songeait à l'Elysée en se rasant. On croit ainsi lui complaire. Justice, Education, Agriculture, c'est la foire
d'empoigne. On fanfaronne, on s'époumone. On revendique, on s'agite, on soigne son bruit médiatique. On envoie une lettre de motivation au PDG de la French Corporation Inc. Parfois, il reçoit une
boîte de chocolats. On lui réclame promotion, faveur, soutien. Le Président a composé son gouvernement sur des critères « new style » : avoir de bons sondages de popularité, bien passer (et
souvent) à la télévision, être une femme ou un enfant d'immigré récent. La compétence ou le poids politique n'ont aucune importance : l'Elysée s'occupe de tout. La notion de remaniement est vidée
de son sens puisque la notion de gouvernement n'a plus vraiment cours. Nos ministres sont fringants, dynamiques, transparents. Les anciens étaient ternes, austères, hypocrites. De grâce,
rendez-nous l'hypocrisie.
Eric Zemmour pour le Figaro le 18 avril 2009
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On a enfin compris pourquoi la première lettre envoyée par Barack Obama à
destination de la France fut pour... Jacques Chirac. Ce n'était pas une erreur de la poste ni un pied de nez à Sarkozy. C'était pour la Turquie. Dans son discours de Prague, dimanche dernier,
Obama a en effet repris au mot près l'argumentaire de l'ancien président français en faveur de l'entrée de la Turquie dans l'Union européenne. Pont entre l'Occident et l'Islam, la Turquie dans
l'Europe, ce serait la fin assurée du choc des civilisations. Disent-ils. Sarkozy reste insensible à cette idée. Il l'a redit. Mais pas devant le président américain, à qui il a parlé... de
réchauffement clima tique. Les Américains, de Bush à Obama, n'ont pas changé d'avis : l'entrée de la Turquie dans l'Europe ferait coïncider les frontières de l'UE avec celles de l'Otan. Défense
européenne, soldats américains, grand marché transtlantique, c'est tout comme pour eux. Et pour les Anglais et les pays de l'Europe centrale. Et pour l'Italie aussi, et l'Espagne et les
Nordiques. En ramenant la France dans les struc tures intégrées de l'Otan sans rien obtenir sur la défense européenne, le président Sarkozy a donné des gages à « la famille occidentale ». Il peut
légitimement arguer que son retour ne signifie pas soumission. Qu'il repoussera l'entrée de la Turquie dans l'Union, avec l'aide des Allemands, comme les deux pays ont déjà bloqué l'élargissement
de l'Otan à l'Ukraine et la Géorgie. Allié fidèle, mais debout. Mais Obama n'est pas Bush : la puérile et irraisonnée « obamania » des opinions et médias européens joue contre toute velléité
d'indépendance. Au sommet de Prague, les chefs d'Etat européens avaient l'air de petits garçons avides de plaire au père prodigue de retour. Combien de temps Sarkozy pourra-t-il résister à
l'amicale pression de toute la « famille » ?
Eric Zemmour pour Le Figaro le 11 avril 2009
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Le Pen «light». L'insulte a claqué comme un fouet.
Alain Minc en a cinglé les flancs de François Bayrou au moment où celui-ci lançait la campagne européenne du MoDem. Dans la bouche de l'éminent conseiller des grands patrons français, c'est une
variante de « populiste », « franchouillard » aux limites de la xénophobie. L'horreur. Infréquentable. Ringard. Poujadiste. Etc.
Le Pen light. Alain Minc le dit, Nicolas Sarkozy le pense. Le Pen light. Les bien-pensants de gauche surnommaient ainsi pendant la présidentielle... le candidat Sarkozy. Avant, on disait «
fasciste ». Facho-Chirac. Général Boulanger. Badinguet. François Bayrou a en effet misé sa présidentielle de 2012 sur un seul numéro : le modèle français contre le modèle américain. L'égalité
contre la liberté. La vieille méfiance catholique face à l'argent et à l'ostentation des Rolex. La terre contre la mer. L'Etat providence contre les subprimes. Il pilonnera « Sarkozy l'Américain
», la soumission à l'Otan, l'Europe libérale. Bayrou retournera contre le président sortant les discours qu'Henri Guaino avait concoctés pour le candidat Sarkozy en 2007. La présidentielle en
France se gagne toujours ainsi, sur une ligne monarcho-bonapartiste pour le style, et le christianisme social pour le fond. La gloire et l'égalité. Charles Maurras et Marc Sangnier. Après, on
gouverne pour les modernes, les technos, l'Europe, les médias. Tout le contraire.
Alors, Le Pen light, pour le décrédibiliser d'avance. Le couper de ses soutiens potentiels, dans les élites ou à gauche. Le positionnement de Bayrou contredit en effet sans vergogne tout ce que
sa famille politique a fait et dit depuis trente ans. Il tente de capter l'héritage gaulliste tant vilipendé par les siens. Le fils de Lecanuet renie son père adoptif sans états d'âme. Sans doute
n'y a-t-il jamais vraiment cru. Et Paris vaut bien une messe.
Eric Zemmour pour Le Figaro le 04 avril 2009
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Dans un mois ou dans un an, un policier sera tué à l'occasion d'un traquenard
banlieusard. Un et puis deux et puis trois. Et puis dix. Alea jacta est. L'histoire est écrite. Selon un rituel immuable.
Tout a commencé il y a trente ans. A chaque fois, la barre est hissée plus haut. On jette une pierre et puis des centaines. On brûle une voiture et puis des milliers. Le soir du Nouvel An, à
Strasbourg, et puis tous les soirs, partout. On dépouille les petits bobos pendant la Fête de la musique. Et puis à toutes les manifs. On sort les couteaux, et puis les haches, et puis les
marteaux. On tire sur une voiture de police. Et puis on multiplie les traquenards. On sort les pistolets à grenaille, les fusils. Et demain, les kalachnikovs
?
A chaque fois, les médias s'émeuvent, les syndicats de police s'époumonent, les politiques menacent. Les sociologues expliquent doctement que ces jeunes expriment une souffrance, une douleur, un
mal-vivre. La faute au chômage, à l'exclusion, aux discriminations. A Voltaire. A Rousseau.
Et tout retombe et tout recommence. Les sociologues poursuivent : «Il n'y a pas de bandes ethniques», c'est-à-dire que des enfants d'immigrés africains se
mêlent à des Antillais. On est soulagé. Les policiers reculent. Les territoires « libérés » s'étendent. Les trafiquants de drogue se réjouissent. Plus on dérangera la tranquillité de leurs
trafics, plus ils feront monter les enchères de la violence. Ils se pavanent en BMW ; ils menacent, ils rackettent, mais ils protègent aussi et remplissent les Caddies. Ils jouent
Scarface tous les jours. «Il n'y a pas de zones de non-droit en France.» Les policiers vont partout. Avec des CRS par dizaines, déguisés en Robocop. Trois
petits tours et puis s'en vont. Ils doivent contenir, mais non répliquer. Zéro mort. L'Etat n'a plus le monopole de la violence légitime.
Eric Zemmour pour le Figaro le 21 mars 2009
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Le cinéma français aime les clandestins. Après Eden à l'Ouest, de
Costa-Gavras, voici Welcome, de Philippe Lioret. Images léchées, acteurs vibrants, histoire poignante. Hommes « en colère ». Engagement « citoyen ». «J'ai comme le sentiment
d'avoir raconté l'histoire d'un type qui a protégé un Juif dans sa cave», dit Lioret. Oubliées les accointances du cinéma français avec les autorités d'occupation allemande ! Tous «
Résistants ». Tous « Justes ». Le ministre Eric Besson s'émeut du rapprochement «entre police républicaine et police vichyste». La comparaison entre immigrés et Juifs
est pourtant un standard de la lutte antiraciste. Dès les années 80, les communicants de l'Elysée inventèrent pour SOS Racisme une petite main de même couleur que l'étoile jaune. Un hasard. Les
Juifs étaient envoyés en camps de concentration ; les immigrés rapatriés dans leurs pays. Un détail. Le but était de diaboliser la lutte contre l'immigration clandestine, de culpabiliser la
population, de délégitimer le respect de la loi. Cette action inhibitrice d'une rare efficacité a enrichi les passeurs et les patrons des entreprises qui utilisent cette main-d'œuvre bon marché.
La mondialisation repose sur un trépied : celui des capitaux, des marchandises mais aussi des hommes, qui permettent de rendre plus rentables les deux autres. Ce système a explosé à l'automne
2008. C'est peut-être pour cette raison que le cinéma pousse les feux.
Le cinéma français est un marché protégé par une politique culturelle et fiscale d'un Etat qu'il accuse de vichysme, mais qui lui donne les moyens d'échapper à la déflation salariale qu'entraîne
la mondialisation. Sans doute ce qui permet aux acteurs et metteurs en scène d'être les nouveaux prêtres de la religion du politiquement correct. « Idiots utiles » du capitalisme, peut-être, mais
pas fous.
Eric Zemmour pour le Figaro le 14 mars 2009
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Elle fut une star. Longtemps, elle symbolisa l'avenir. Les « modernes » de
droite et de gauche avaient les yeux brillants quand ils prononçaient son nom en allemand : Land. La Région avait ringardisé le département ; elle devait même remplacer l'Etat-nation, au sein de
la glorieuse « Europe des régions ». Si le comité Balladur est écouté, les Régions perdront pourtant leur compétence générale. Leur liberté de se mêler de tout. Cantonalisées, départementalisées.
Recadrées sur des missions économiques.
Les circonscriptions administratives furent historiquement liées au mode de déplacement. Le paysan se rendait à pied dans sa commune, avant de rentrer chez lui, à la nuit tombée. Le chef-lieu du
département était de même atteint en une journée de cheval. La région était liée à l'automobile. Le TGV a tué la région. Et redonné des couleurs au colbertisme. Nos Régions ne seront jamais des
Länder ou des Generalidades. Rhône-Alpes ne sera jamais le Piémont. Nous n'avons pas cette histoire ; nous ne l'aurons jamais. La France est un peu comme ces pays sous-développés qui passent
directement au téléphone portable, sans passer par le fixe, et sautent directement à la technologie la plus récente. L'avenir appartient aux grandes métropoles qui, à l'instar du Grand Paris,
peuvent accueillir sans ridicule des sièges sociaux. Lyon, Marseille, Toulouse, Nice, Lille, Strasbourg. Bordeaux pour faire plaisir à Juppé.
La Région fut un rêve d'élites. Jamais les populations locales ne s'y sont attachées. Au contraire de la commune, mais aussi du département, comme l'a montré la picrocholine guerre des plaques
d'immatriculation. La Fontaine aurait aimé l'histoire de la Région : celle de la grenouille qui veut se faire aussi grosse que le bœuf ; et finit par éclater.
Eric Zemmour pour le Figaro le 28 février 2009
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C'est la première bonne nouvelle survenue Rue de Solferino depuis des lustres.
Elle baisse, elle tombe, elle chute, Ségolène Royal. Sa cote sondagière subit des trous d'air. Or, le (bon) sondage est le fondement même du « système Royal ». Dans sa guerre-éclair de l'hiver
2006 pour obtenir l'investiture du PS à la présidentielle, le sondage fut à Ségolène Royal ce que l'artillerie fut à Bonaparte : l'arme absolue pour détruire les défenses adverses, avant de
lancer sur elles la cavalerie. Martine Aubry monte dans les sondages. Mécanique fonctionnelle qui favorise celle qui a les manettes. Pas seulement. L'ancienne candidate du PS paye elle aussi la
mauvaise image de son parti. Elle n'a pas tiré les leçons de sa défaite de 2007. Elle plaît mais ne convainc pas. Elle séduit mais ne rassure pas. Elle privilégie l'originalité sur la
crédibilité. Son dernier livre amuse, mais on ne retient que sa langue de vipère (si drôle et souvent si juste) sur les dignitaires socialistes. Alors qu'elle avait réussi enfin à fédérer
derrière elle une équipe de grande qualité, Peillon, Valls, Gorce, Rebsamen, Boutih, etc., ses rapports s'enveniment avec Peillon, et elle se replie déjà sur ses anciens réseaux Désirs d'avenir,
qui ont montré leur manque de savoir-faire politique.
Entre complexes d'infériorité et de supériorité, elle se défie de tous ceux qui pourraient lui faire de l'ombre (Peillon), mais, persuadée de son originalité, elle refuse d'être un Reagan
français et le simple porte-voix charismatique de ses conseillers. En pleine bataille de Reims, elle a songé à quitter le parti. Elle recherche l'investiture du PS et la méprise en même temps.
Elle n'en a pas les codes et s'en fait gloire. Une des missions dévolues à la nouvelle équipe de la Rue de Solferino est de la décourager. Sera-t-elle candidate contre le candidat du PS en 2012
?
Eric Zemmour pour le Figaro le 21 février 2009
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La vie politique française offre souvent le spectacle de ces combats à fronts
renversés. Quand Nicolas Sarkozy ramène la France dans les structures intégrées de l'Alliance atlantique, l'ancien militant du RPR qu'il fut semble jeter aux orties l'enseignement du général de
Gaulle. Lorsqu'il conteste sa décision avec véhémence, François Bayrou paraît renier l'engagement d'un de ses maîtres : Jean Lecanuet. Le gaulliste exalte la « défense européenne » et renforce la
solidarité occidentale ; le centriste évoque, avec des trémolos dans la voix, l'indépendance de la France et son message original. On se pince. Non, on ne rêve pas, François Bayrou ne rate jamais
une occasion de porter le flambeau du meilleur opposant. Bayrou a compris mieux que d'autres que, dans la Ve République, et plus encore dans le système ultra-personnalisé et ultra-médiatisé de
Sarkozy, on ne tape qu'à la tête. Ce charivari idéologique et historique n'a pas seulement des causes tactiques. Depuis la chute du mur de Berlin, l'Otan aurait dû disparaître, puisque son
adversaire, l'Union soviétique, avait sombré. Aussitôt libérées, les anciennes démocraties populaires se sont pourtant ruées dans l'Otan ; des satellites séculaires de Moscou, Géorgie ou Ukraine,
en rêvent. Les nouveaux arrivants ont le zèle des convertis. L'Amérique a renforcé son pouvoir, qu'elle exerce seule. Sarkozy et Bayrou prônent tous deux une défense européenne, mais les autres
Européens jugent que l'armée américaine en fait déjà fonction. La France n'a jamais abandonné l'Alliance atlantique ; mais le général de Gaulle avait quitté les structures militaires intégrées
parce qu'il refusait de suivre les Etats-Unis en dehors de l'Europe. A l'époque, au Vietnam. L'Otan ne cesse depuis de sortir de sa zone d'origine. Une sorte d'ONU bis. Une alliance occidentale,
dans un monde où l'Occident n'est plus le maître absolu.
Eric Zemmour pour le Figaro le 14 février 2009
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