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Vendredi 10 juillet 2009

Publié avec l'autorisation de l'auteur :

Récapitulons : (1) la France est endettée jusqu'au cou ; (2) elle peut se dissoudre, demain, dans le multiculturalisme. Ce sont là des défis que les plus petites gens perçoivent. Or, que font les élites ? Les intellectuels n'ont jamais été aussi mutiques et les politiques restent dans leur bulle. Quand Henri Guaino dit (Les Échos, lundi) : "Je me bats contre la nouvelle pensée unique", en signifiant ainsi vouloir faire une différence entre bons et mauvais déficits afin d'inciter l'État à s'endetter encore, le conseiller de l'Élysée montre un désintérêt pour les urgences.

Le déclin de la France suscite un silence gêné. Il est vrai que l'intelligentsia a toute sa part dans l'ébranlement de l'harmonie sociale. N'y aurait-il aucune alternative au lent effacement identitaire enclenché par les belles âmes ? Alain Finkielkraut reste seul quand il estime, sur la burqa (Le Figaro, 26 juin) : "La France n'est pas une auberge espagnole." Et Renaud Camus n'est pas plus entendu, lui qui ne cesse de mettre en garde contre "notre peuple qui disparaît" (L'Isolation, Journal 2006, Fayard). Leurs diagnostics ne manquent pourtant pas d'arguments.

Ces voix qui, avec quelques autres, appellent à respecter la culture française ont cent fois moins de relais que celles qui actionnent la culpabilité et voient dans le métissage l'aboutissement d'une idéale indifférenciation. L'universalisme du dieu Michael Jackson fait partie de cette postculture planétaire. Mardi, dans Libération, l'écrivain Maurice Rajsfus en était à faire le parallèle entre la rafle du Vél' d'Hiv' et les arrestations de clandestins, en comparant "Éric (Judas) Besson" (ministre de l'immigration) à Pierre Laval faisant arrêter des Juifs. Ainsi font les nouveaux "Justes".

Mais les Français, eux, que disent-ils?
À peine tentent-ils de répondre qu'ils ne sont pas contents, comme à
Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais), qu'un front républicain proclame la démocratie en danger. La montée du FN, qui a échoué là-bas à 265 voix, dimanche, est un de ces signes d'insatisfaction que les dirigeants ne semblent pas comprendre. Il est curieux d'entendre, par exemple, Michel Rocard assurer (Le Monde, mardi) que la récente poussée conservatrice en Europe est le signe d'un attachement des électeurs "au modèle du capitalisme financiarisé". L'ancien premier ministre socialiste, appelé par Nicolas Sarkozy à faire tandem avec Alain Juppé dans la définition du prochain emprunt, fait là une fausse lecture d'une réponse limpide : si les peuples votent conservateur, c'est d'abord parce qu'ils veulent préserver des héritages menacés par les idéologues. "Combien faudra-t-il de crises pour convaincre les peuples ?", interroge Rocard, accablé par le rejet de la social-démocratie. La vraie question est : à quels désastres faudra-t-il arriver pour que les élites se réveillent  ?

Critique de la "double identité"

La valorisation de la "double identité", qui accompagne le discours officiel sur la diversité et la lutte contre les discriminations, illustre les risques de substitution culturelle que fait courir l'idéologie du multiculturalisme. "On nous demande de nous intégrer. Pourquoi s'intégrer alors que nous sommes nés ici ?", interroge Saïd, présenté par l'Agence France-Presse, mardi, comme " un vrai parigot " du Xe. Avec Nemane et Hager, ils veulent "ne pas avoir à choisir, se sentir aussi bien en France qu'au "bled"". Mais pourquoi les dispenser, justement, de choisir ? C'est bien ce qu'ont fait les Français issus des précédentes immigrations, en se fondant dans la nation. Ce débat, supposé réglé par le seul refus de ces jeunes de s'assimiler au pays qui a accueilli leurs parents, n'a jamais été posé. Or, que restera-t-il de la France et de sa civilisation si elles sont adoptées à moitié ou au quart, dans une ou deux générations ? Ceux qui ne disent mot devant ces adhésions à la carte consentent-ils à la lente dilution d'un héritage millénaire ? On aimerait entendre philosophes et écrivains, présumés visionnaires.

Incompréhension

L'État n'est pas compris. L'énergie que met, pour la quatrième fois, le président à vouloir ouvrir le travail dominical revient à inciter à un consumérisme qui n'est plus dans l'air du temps. Même Bernard Thibault (CGT) le dit : " En France, pays de tradition chrétienne (le droit au repos), c'est le dimanche." La taxe carbone, qui compenserait en partie la suppression de la taxe professionnelle tout en étant redistribuée à certains ménages grâce à un "chèque vert", est de ces alambiques qui confirment que le bon sens reste étranger aux technocrates et à certains ministres. Mercredi, un sondage montrait qu'une majorité rejette le grand emprunt, dont l'Élysée voudrait faire une question de confiance, et qui suscite des propositions aussi saugrenues que celle d'un
"calculateur pétaflopique". Les Français, plus lucides que leurs représentants ? Probable. L'état de cessation de paiement que connaît la Californie rappelle qu'un pays surendetté n'est pas à l'abri d'une banqueroute, comme l'ont démontré l'Islande ou l'Argentine et comme pourraient le faire à leur tour certains pays de l'Est, à commencer par la Lettonie. En attendant la France ?

Champ de ruine

Un champ de ruines : c'est dans ce décor de L'Aquila, ville italienne meurtrie par un séisme, que Silvio Berlusconi invite cette semaine les grands de ce monde à réfléchir sur l'avenir de la planète. Bien vu pour le symbole.

Ivan Rioufol pour le Figaro le 10 juillet 2009

Par Ivan Rioufol - Publié dans : Chroniques d'Ivan Rioufol
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Vendredi 3 juillet 2009

Publié avec l'autorisation de l'auteur :

Incompétence et malhonnêteté
ont été sanctionnées, l'autre jour, à Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais). Dans cette ancienne cité minière, la liste de Marine Le Pen est arrivée en tête au premier tour des municipales (39,34 %), devant une gauche divisée (20,19 % et 17,01 %) et une UMP ridiculisée (4,34 %). Une gestion désastreuse, qui a doublé les impôts locaux, ajoutée aux malversations de l'ex-maire PS, en détention provisoire pour détournement de fonds, faux en écriture et favoritisme, sont les effets d'une inconséquence politique. Or, elle a encore ses avocats.

La droite parlementaire
a raison de redouter une victoire de l'extrême droite, ce dimanche au second tour. Mais elle a tort d'apporter son soutien à un "front républicain" pour partie faisandé ou décrédibilisé. Quand Jean-François Copé, Xavier Bertrand, Dominique de Villepin, appellent à "faire barrage au FN", laissant le PC réciter "le ventre encore fécond de la bête immonde", ils se trompent de combat. Ce n'est pas en soutenant ceux qui ont permis cette première victoire du FN que ce parti brutal sera contenu. C'est son nouvel électorat, excédé, qu'il faut écouter.

L'UMP aurait mieux fait de s'abstenir.
Même si elle gagne, après-demain, son pari de mettre en échec le FN sur cette terre socialiste, son choix de cautionner un PS local indéfendable pourrait bien consolider la méfiance que portent les citoyens à leurs représentants. "Attention, les idées d'extrême droite dans ce pays ne sont pas mortes", prévient avec justesse Pierre Moscovici (PS). Mais voir ces idées portées par un électorat historiquement de gauche devrait inciter au questionnement.

La réaction d'Hénin-Beaumont est un symptôme qui ne peut être réduit à l'anecdote. D'autant que la quasi-faillite de la commune peut se comparer à la situation nationale. Un désarroi collectif se devine, quand l'électeur en vient à penser qu'un maire FN ne serait pas pire qu'un autre. Ce même découragement explique, notamment, l'abstention (59,35 %) aux européennes, ainsi que le peu d'enthousiasme que rencontre, pour l'instant, l'annonce d'un grand emprunt, que 82 % des Français n'entendraient pas souscrire.

Un retour du FN, trop rapidement enterré, est possible.
Cette éventualité, risquée pour la paix sociale, ne fera aucun doute si la droite devait persister, comme à Hénin-Beaumont, à ne pas entendre les inquiétudes face aux bilans des grands partis. Elle est attendue sur les questions qui ébranlent la nation. À Perpignan, Jean-Paul Alduy a su renouveler haut la main son mandat tout en maintenant le FN en dessous des 10 %. Pour cela, règle numéro un : ouvrir les yeux et les oreilles.

L'exemple de l'immigration

L'insouciance de l'État face à l'immigration de peuplement fait partie de ces attitudes incomprises par une partie de l'opinion. Celle-ci, souvent retranchée dans l'abstention, reste un possible renfort pour une extrême droite dédiabolisée par Marine Le Pen. Quand al-Qaida menace de se venger de la France parce qu'elle stigmatise la burqa, tandis que les violences se multiplient dans les cités, ces faits soulignent des défaillances publiques persistantes. Dans la nuit de mardi, le conseiller du président, Henri Guaino, qui accompagnait incognito une patrouille de police en Seine-Saint-Denis, a vu sa voiture prise au piège et caillassée : "J'ai eu la sensation d'une violence énorme." Mardi, Libération décrivait l'accablement de Grecs qui, après avoir cru à la société multiculturelle avouent, comme cette femme de gauche parlant de son quartier à Athènes et de "l'emprise de la religion musulmane sur notre quotidien " : " La situation n'est plus tenable (...). C'est au quotidien que nous vivons ce "choc de civilisation". " Ceux qui, en France, fuient les banlieues ne disent pas autre chose. Qui les écoute  ?

Il est des situations qui, aujourd'hui, ressemblent parfois à des répétitions de guerre civile. Mais où sont les "opérations coup de poing dans les cités", annoncées par Nicolas Sarkozy il y a un mois ? Lorsque Éric Besson parle d'immigration au nom de son ministère, c'est pour en vanter les seuls mérites et expliquer que "la crise ne doit pas transformer les migrations de travail en menace " (Le Monde, mardi). Les refus d'intégration, symbolisés par l'expansion des burqas (Le Figaro, mercredi) et par la multiplication des intifadas, ne semblent pas ébranler ce ministre d'ouverture. Il se dit opposé à une loi interdisant le voile intégral, mais estime : "Il est de notre devoir de mieux intégrer les immigrés et leurs enfants en luttant en particulier contre toutes les formes de discrimination." Ce constant angélisme, marque de fabrique de la gauche, est le meilleur allié du FN.

Priorité au désendettement

Le colossal endettement du pays est une autre bombe à retardement dont les Français commencent à prendre conscience. Mardi, l'Insee a annoncé que la dette publique avait explosé au premier trimestre, pour atteindre près de 1 milliard d'euros par jour. Mercredi, Nicolas Sarkozy a dit vouloir charger une commission de réfléchir aux "priorités nationales pour l'avenir", qui seront financées par l'emprunt national prévu en 2010. Mais la priorité nationale n'est-elle pas de rompre, au contraire, avec cette pratique de l'endettement, supportée par chaque Français à hauteur de 22 600 euros, que le gouvernement cherche à relancer en cherchant l'aval des épargnants (voir mon
blog) ?

Ivan Rioufol pour le Figaro le 03 juillet 2009

Par Ivan Rioufol - Publié dans : Chroniques d'Ivan Rioufol
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Lundi 29 juin 2009
Publié avec l'autorisation de l'auteur :

La burqa s'est donc invitée au château. Ce voile intégral, porté par des musulmanes, y a été réprouvé, lundi à Versailles, par le chef de l'État. " (Elle) ne sera pas la bienvenue ", a-t-il dit, sous les applaudissements nourris du Congrès. Plus tôt, des parlementaires, menés par André Gerin (PC), avaient réclamé une commission d'enquête sur ce phénomène et sa possible interdiction. Mais cet accoutrement répulsif, qui enferme la femme, n'est qu'un symptôme. Il révèle, plus gravement, la poussée de l'islamisme en France.

C'est une mission d'information parlementaire qui a été chargée, en définitive, de cerner ce choix vestimentaire encore marginal. Il faut dire que le Conseil français du culte musulman avait fait savoir son opposition à une commission d'enquête, accusée de "stigmatiser l'islam et les musulmans de France " : un argument spécieux, invitant à se taire. Or, la burqa comme le voile sont les signes d'une soumission et d'un rejet des règles de la République laïque (1). Doit-elle se résoudre à être défiée par ses hôtes  ?

Quand Nicolas Sarkozy déplore : "Notre modèle d'intégration ne fonctionne plus", il se garde d'en fouiller les causes. Elles mériteraient, pourtant, la "remise à plat" promise quand le président parle de la crise économique, sociale, écologique. Car cette autre crise oubliée, multiculturelle celle-là, est autrement plus déstabilisante. Aristote : "L'absence de communauté nationale est facteur de guerre civile, tant que les citoyens ne partagent pas les mêmes valeurs de civilisation"(2). La France laisse venir l'épreuve, en refusant de se confronter à ceux qui rejettent ses valeurs.

Les nombreux musulmans démocrates ne peuvent se sentir solidaires d'une idéologie qui cherche, à terme, à subvertir la nation. Sarkozy parle d'or quand il dit : " Dans la République, la religion musulmane doit être autant respectée que les autres religions". Pour autant, cela ne doit pas interdire d'enquêter, au-delà de la burqa, sur le fondamentalisme dans les cités. La nation peut se perdre à fermer les yeux sur des processus de néocolonisation enclenchés dans des territoires déjà perdus. Cette évidence, le pouvoir devra bien l'aborder, autrement que par le petit bout de la lorgnette et en craignant de choquer.

Pourquoi faudrait-il craindre de contrarier les islamismes, qui se conduisent de plus en plus, en France, en territoire occupé et qui viennent de montrer leur vrai visage en Iran ? Les ménager encore serait faire reculer l'islam des Lumières, qui peine à consolider sa place. Notre "vieux pays", ainsi nommé par Sarkozy, aurait-il perdu le goût de se défendre  ?

Ce que dit le peuple d'Iran


La France doit d'autant moins redouter d'interdire la burqa ou le niqab, et même de stigmatiser le voile comme fantasme sexuel imposé par des machistes, que l'islam radical qui inspire ces marques d'asservissement est en train de se faire désavouer par les Iraniens eux-mêmes. Ils ont forcé leur République islamiste, économiquement en ruine, à dévoiler son assise dictatoriale. Neda, belle étudiante tuée par balle, samedi, lors d'une manifestation à Téhéran, est devenue le symbole de cette oppression théocratique qui, au nom de ses interdits, truque les votes et tire sur les foules. Certes, on ne risque pas de voir défiler, à Paris, les islamo-gauchistes qui protestaient hier avec le Hamas contre le sort des Palestiniens. Ces indignés-là ne soutiennent que les tyrannies. Mais, en Iran, c'est un peuple aspirant à la démocratie qui ouvre la voie à une modernité sécularisée. Le régime des mollahs, qui commence à se fracturer de l'intérieur, a entamé sa chute.

L'histoire dira si ce tournant qui s'amorce en Iran aura été inspiré par la "contagion démocratique" qu'avait espérée George W. Bush au Moyen-Orient en libérant l'Irak de son dictateur, ou par la main tendue de Barack H. Obama à l'Islam, lors de son récent discours du Caire. Les deux politiques ont sans doute concouru, par des chemins opposés, à ces effets qu'elles recherchaient. Il a été en tout cas rassurant d'entendre le président des États-Unis sortir de ses pesants silences, dénoncés
ici la semaine dernière et qu'approuvait la moutonnière obamania. Mardi, Obama a "condamné fermement les actions violentes ", en rendant hommage au "courage" des manifestants. Refuser de s'ingérer dans les affaires iraniennes, comme s'y astreint l'Occident avec raison, ne peut interdire, par excès de prudence, les élémentaires signes de soutien en direction de ce peuple musulman qui dit vouloir être libre.

Court-termisme

Reste la question : Nicolas Sarkozy désire-t-il vraiment prendre à bras-le-corps les problèmes les plus graves, dont celui de la sauvegarde de la cohésion nationale ? La promotion de femmes de confession musulmane, républicaines et laïques, est restée timide dans le remaniement ministériel. La tentation existe de dissiper les Français par une pipolisation de la politique, illustrée par l'arrivée de Frédéric Mitterrand à la Culture. Quand le chef de l'État assure, lundi, parlant d'économie et de social : " Le modèle français a de nouveau ses chances", alors que le rapport de la Cour des comptes, publié le lendemain, met en alerte sur les déficits colossaux produits, notamment, par l'État-providence, se retrouve cette constante attirance pour le court-termisme, qui a toujours repoussé les décisions les plus drastiques. À quand l'électrochoc  ?

Ivan Rioufol pour le Figaro le 26 juin 2009

(1) Lire, à ce propos, Les dessous du voile, aux Editions
Riposte laïque.

(2) J'emprunte cette citation à l'interessante étude que David Mascré vient de consacrer au meurtre de Ilan Halimi, Des barbares dans la cité, Editions de l'Infini. Le texte d'Aristote, cité par l'auteur, dit plus longuement ceci:"L'absence de communauté nationale est facteur de guerre civile, tant que les citoyens ne partagent pas les mêmes valeurs de civilisation.Une cité ne se forme pas à partir de gens pris au hasard, et elle a besoin de temps pour se coaguler. C'est pourquoi, parmi ceux qui ont accepté des étrangers pour fonder une cité avec eux, et pour les intégrer à la cité, la plupart ont connu des guerres civiles. Par exemple, les tyrans de Syracuse, en ayant naturalisé les immigrés, ont dû subir des révoltes. Citoyens et étrangers en sont venus à se combattre".

Par Ivan Rioufol - Publié dans : Chroniques d'Ivan Rioufol
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Mardi 23 juin 2009

Publié avec l'autorisation de l'auteur :

La dictature iranienne vient de produire l'image qui l'accablera à jamais: le visage ensanglanté de Neda, 26 ans. Filmée par un anonyme dans son agonie, après avoir été touchée par une balle samedi à Téhéran lors d'une manifestation, la jeune étudiante est devenue le symbole de la
résistance d'un peuple gagné par la contagion démocratique. A peine Barack Hussein Obama venait-il d'inviter (Le Caire, 5 juin), après avoir lui-même rappelé sa filiation musulmane illustrée par son deuxième prénom, à "combattre les stéréotypes négatifs de l'islam où qu'ils se manifestent", la théocratie iranienne étalait son totalitarisme, son immoralité, sa violence. Il aura fallu attendre samedi pour qu'Obama sorte de son silence, mécaniquement approuvé par ses dévôts, et affirme enfin le soutien des Etats-Unis à ceux qui exercent "le droit universel au rassemblement et à la liberté d'expression".

L'Islam des Lumières,
que semble vouloir porter le peuple iranien quand il réclame la démocratie et la modernité, ne s'accorde pas avec ces niaiseries qui veulent faire croire qu'il est déjà une réalité largement établie et que l'islamisme est un fantasme. Obama est d'ailleurs bien mal inspiré quand il se félicite de voir "le gouvernement américain aller devant les tribunaux pour protéger le droit des femmes et des jeunes femmes de porter le hijab, et pour punir ceux qui nient leur droit" (discours du Caire). Le voile, plus encore la burqa et le niqab, restent les signes de la soumission de la femme, mais aussi d'un rejet de l'Occident et sa laïcité. Interdire la burqa? Le débat qui s'ouvre en France a le mérite de s'affranchir de l'angélisme. Mais c'est une commission d'enquête sur la réalité de l'islamisme en France qu'il faudrait initier.

Ivan Rioufol pour le blog.lefigaro.fr/rioufol le 22 juin 2009

Je participerai, mercredi, à deux débats sur BFMTV (12h 45-13h10) et à l'émission «  On refait le monde, sur RTL (19h15-20h)

NDLR : La position de Rebelles.info et de David Bescond (Les hypocrites s'émeuvent) est plus proche de celle d'Ivan Rioufol que de celle de Gérard Pince sur la question de la Burqa. Néanmoins pour répondre à ceux qui s'étonnent de ces divergences il est bon de souligner que Rebelles.info a pour vocation de publier des avis différents sur plusieurs questions sensibles. Nous respectons l'opinion de tous ceux qui sont publiés sur notre site. Nous ne sommes pas une secte où tout le monde doit penser absolument la même chose. Un petit rappel utile car dans un passé proche certains n'ont pas su le comprendre et on choisi de nous quitter.

Par Ivan Rioufol - Publié dans : Chroniques d'Ivan Rioufol
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Vendredi 19 juin 2009

Publié avec l'autorisation de l'auteur :

Crédible, Barack Hussein Obama ? Ses approximations historiques, qui présentent l'islam, religion de son père, comme source de l'Europe des Lumières et d'inventions comme l'imprimerie, font douter du sérieux de ses analyses. D'autant qu'
il dit aussi: "Les États-Unis sont l'un des plus grands pays musulmans de la planète." Sa récente promotion du voile islamique, symbole de la soumission de la femme, a choqué les défenseurs de la laïcité. L'icône, un brin distante lors de son séjour à Paris, ne mérite pas l'unanimité des louanges.

L'obamania qui dure,
notamment au sein de l'intelligentsia française, obscurcit l'élémentaire esprit critique. Au prétexte que le président des États-Unis a entrepris de se démarquer de son prédécesseur, toute sa politique est louangée par les anti-bushistes d'hier. Même ses œillades aux islamistes et ses mains tendues aux despotes sont jugées exemplaires d'intelligence, par ceux qui estiment que l'Occident doit s'astreindre à l'humilité. Auraient-ils oublié, ces héritiers de Chamberlain, que le totalitarisme méprise les faibles ?

Le coup d'État de Mahmoud Ahmadinejad,
en Iran, qui vient de se faire réélire haut la main en fraudant les urnes, a dévoilé s'il en était besoin l'oppression de ce régime islamo-fasciste, qui construit sa bombe atomique et menace Israël. L'irrationalité de ses dirigeants, qui attendent l'Apocalypse comme une délivrance, rend d'autant plus aléatoire toute tentative d'apaisement. Aussi est-il consternant d'observer les silences d'Obama devant cette tyrannie, qu'il n'ose pas même nommer pour ce qu'elle est.

Sa politique de la main tendue est déjà un échec, puisqu'elle l'empêche de choisir, par prudence, entre la répression des illuminés et l'aspiration d'un peuple à sa souveraineté. Alors que la foule iranienne osait, dès lundi, braver les interdits et les balles (sept morts à Téhéran), le président de la plus grande démocratie se garde de prendre parti, sous les encouragements de ses thuriféraires. À moins qu'Obama ne se ressaisisse, il est loisible de voir une lâcheté dans cette attitude.

D'ailleurs, plus généralement, le "soft power" déployé par Obama, en réplique au bellicisme prêté à Bush et aux néoconservateurs, ne brille apparemment pas par son efficacité. Non seulement l'Iran le plus rétrograde se braque, menaçant les droits de l'homme et la paix dans le monde, mais la Corée du Nord multiplie aussi les provocations dans sa course à l'armement nucléaire. Bush avait classé ces deux régimes-là dans "l'axe du Mal". Les faits montrent qu'il avait raison.

Sarkozy sauve l'honneur

Barack H. Obama explique sa retenue en soulignant le peu de différence entre Mahmoud Ahmadinejad et Mir Hossein Moussavi, qui revendique l'élection. Mais ce relativisme relève du cynisme. Certes, les deux hommes sont issus du même totalitarisme islamiste, qui exècre les États-Unis. Cependant, la contestation de la fraude est aussi celle de la politique d'Ahmadinejad. C'est bien un combat pour la démocratie qui incite des Iraniens à manifester pour réclamer la reconnaissance de leurs votes. Mardi, ils étaient dans la rue malgré l'appel au calme de Moussavi, qui n'est donc pour beaucoup qu'un prétexte. Nombreux sont les manifestants qui ont en ligne de mire la "théocratie fasciste", ainsi qu'il la désigne. Les laisser
sans soutien aucun ?

C'est la France qui a sauvé l'honneur. Nicolas Sarkozy a dénoncé, mardi, "l'ampleur de la fraude, proportionnelle à la violence de la réaction". Mercredi, il a enfoncé le clou : "L'idée d'une opposition en Iran est une perspective intéressante." Faudrait-il que les démocraties fassent profil bas, au prétexte de ne pas susciter le courroux des dictateurs ? Nombre d'obamaniaques le pensent, sans s'alarmer de l'esprit de capitulation qui les gagne. Certes il est de bon ton de reconnaître à l'Occident "une certaine arrogance" (Dominique de Villepin, La Cité des hommes, Plon). Pourtant, c'est bien lui qui reste la référence pour une partie de cette jeunesse en colère, qui aspire à son mode de vie.

Il est d'ailleurs paradoxal d'observer ce goût pour l'autoflagellation, commun aux élites européennes prêtes à prendre acte du déclin de l'Occident, tandis que sa civilisation sert toujours d'idéal ailleurs, au point d'avoir mis en échec le Hezbollah lors des récentes élections législatives libanaises. Quand Villepin écrit, parlant de la laïcité, qu'elle est "le socle de la Cité des Hommes", ne voit-il pas qu'il la menace en invitant l'Europe, dans le même temps, à "rassembler" aussi la Turquie et l'Afrique du Nord, où elle est si mal respectée ?

Courageux

Entendre cette pensée conforme en appeler également à l'immigration pour payer les futures retraites illustre l'indifférence qui persiste sur l'état de la société, confrontée, ici et là, à d'inabordables processus de "contre-colonialisme" (Renaud Camus). Mais les yeux s'ouvrent. Le maire (PC) de Vénissieux, André Gerin, soutenu cette semaine par une soixantaine de députés, demande un débat national sur la burqa (voile intégral) qui se multiplie. Manuel Valls (PS) aimerait rajouter dans sa ville (Évry) "quelques Blancs, quelques White, quelques Blancos", au nom de la lutte contre les ghettos ethniques. François Copé (UMP) rêve, lui, "d'un grand débat sur l'identité française", afin d'éviter "que la nation continue de se fissurer en silence". Les politiques deviendraient-ils courageux ?

Ivan Rioufol pour le Figaro le 19 juin 2009

Par Ivan Rioufol - Publié dans : Chroniques d'Ivan Rioufol
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Lundi 15 juin 2009

Publié avec l'autorisation de l'auteur :

Il faut soutenir la contestation iranienne. J'espère que les démocraties, et singulièrement la France, sauront faire entendre leur solidarité avec cette partie de la société iranienne qui n'en peut plus de se faire représenter par un régime obscurantiste et violent. Depuis ce week-end, elle dénonce les élections, truquées de l'avis de la grande majorité des observateurs, qui ont reconduit Mamoud Ahmadinejad, dès le premier tour avec 62,33% des suffrages contre 33,75% à Mir Hossein Moussavi. Ce dernier s'est joint, ce lundi en début d'après-midi à Téhéran, à une manifestation interdite par le pouvoir. La violence des réactions de l'Etat, qui tente d'étouffer les paroles dissidentes et les médias étrangers, peut faire craindre le pire.

Pour ceux qui en doutaient, le régime totalitaire d'Ahmadinejad, qui attend la venue de l'"imam caché" dans un délire apocalyptique (lire Jean-Pierre Filiu, L'apocalypse dans l'Islam, Fayard) se révèle pour ce qu'il est: un islamo-fascisme irrationnel, à deux doigts d'obtenir l'arme nucléaire, et dont l'idéologie conquérante, antijuive et antioccidentale,  alimente également le Hezbollah et le Hamas. A cette première évidence s'en ajoute une deuxième, qui risque de chiffonner ces élites françaises qui, comme Dominique de Villepin dans son dernier livre (La cité des hommes, Plon) se plaisent à dénoncer "l'arrogance de l'Occident": la force d'attraction de ce dernier reste réelle pour ces populations, qui ne rêvent que de s'émanciper des dictatures produites par l'islam politique et rétrograde.

Reste la question : Barack Obama suit-il la bonne stratégie quand, tout à son souci de se démarquer de George W. Bush, il multiplie les mains tendues aux régimes classés par son prédécesseur dans "l'axe du mal", au risque de les consolider ? Force est de constater que le "soft power", qui semble devoir être la nouvelle doctrine à Washington, vient d'inciter la Corée du Nord à accélérer sa course vers le nucléaire, tandis que l'Iran accentue désormais sa tyrannie islamique et menace comme jamais le monde d'un embrasement atomique. Je ne suis pas sûr qu'Obama rende service à la jeunesse iranienne contestataire, en n'osant pas désigner clairement Amadinejad comme l'ennemi de la paix dans le monde.

Ivan Rioufol pour le blog.lefigaro.fr/rioufol le 15 juin 2009

Par Ivan Rioufol - Publié dans : Chroniques d'Ivan Rioufol
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Vendredi 12 juin 2009

Publié avec l'autorisation de l'auteur :

Protéger les peuples et la nature : c'est le ressort du sursaut conservateur, souvent
décrit ici. Il a déferlé sur l'Europe à l'occasion des élections au Parlement. La quasi-totalité des 27 pays de l'Union ont confirmé, en choisissant ds droites réalistes en dépit de la crise financière, une tendance lourde qui rejette les idéologies, vu leurs bilans. Ce n'est pas seulement l'incapacité du PS à ouvrir les yeux qui a été sanctionnée : tous les "progressistes" payent pour avoir nié des évidences. C'est pourquoi la survenue en France d'Europe Écologie, faux nez de la gauche doctrinaire, tient de la méprise.

L'attention écologique fait partie de ces nouveaux comportements qui veulent défendre des acquis fragiles, comme l'est aussi la culture. "Il n'y a pas d'Europe s'il n'y a pas de patrie, d'enracinement", assure François Bay­rou, commentant sa déroute, après avoir dénoncé naguère "l'obsession de l'identité nationale". Le bon score de la liste de Daniel Cohn-Bendit (16 %) répond à l'inquiétude sur la vulnérabilité de la nature, plus aisément exprimable que l'inquiétude sur la vulnérabilité des nations. Mais ce sont des idéologues qui, en l'occurrence, tentent de revenir par la fenêtre.

Les citoyens expriment un besoin de vérité, en réaction aux désinformations qui masquent les problèmes. Or le matraquage accompagne Europe Écologie, qui mêle Verts, altermondialistes, mouvements associatifs. "Les écologistes sont le moteur d'un monde nouveau et d'une nouvelle société", prévient le député Vert Noël Mamère. Cécile Duflot, porte-parole, prône la "décroissance", sans voir que "plus la richesse d'une société est grande, plus la qualité de l'environnement l'est aussi " (Vaclav Klaus, président de l'Union européenne) (1).

Ce monde fermé du militantisme reproduit, dans sa religion, ce que les Français, vaccinés des idéalistes, rejettent. Le trou dans la couche d'ozone est oublié, mais le réchauffement climatique est présenté comme évidemment dû à l'activité humaine : un prétexte pour remettre en cause la société libérale, le capitalisme, le nucléaire, le progrès. Les scientifiques qui avancent l'explication des cycles naturels sont classés hérétiques. Claude Allègre en sait quelque chose.

Bref, le politiquement correct, ébranlé par les défaites des gauches européennes qui l'auront tant porté, tente une nouvelle offensive avec Europe Écologie, qui veut "s'incruster" (Cohn-Bendit) avec son cortège de taxes, d'interdits, d'intimidations. Dès à présent, le film apocalyptique et sans nuance de Yann Arthus-Bertrand, Home, multidiffusé à la veille des élections, est encensé par Nicolas Sarkozy. Serait-il impossible de sortir de la propagande ?

Abus de confiance

Sur l'écologie comme sur les autres grands sujets, il faudrait savoir de quoi l'on parle. Pourtant, la désignation et l'évaluation des problèmes sont impossibles, tant la pensée unique, caricaturale chez les environnementalistes, interdit la contradiction. La lutte contre le changement climatique, que l'Élysée veut soutenir, fait l'impasse sur les remarques de ceux qui rappellent notamment que le niveau des mers a déjà augmenté de 120 mètres depuis la dernière période glacière ou que les glaciers alpins ont disparu avant de se redévelopper. Un débat sur les causes du réchauffement devrait être le préalable à toute politique. Il n'en est rien. Le gouvernement, qui jure ne pas vouloir augmenter les impôts, en est à étudier le projet d'une taxe carbone, tandis que les experts de Bercy réfléchiraient à des taxes supplémentaires sur l'essence, le gaz, le charbon. Est-ce pour ce monde sectaire, assigné à la tutelle de l'État, qu'ont voté les électeurs d'Europe Écologie ? Le succès de Daniel Cohn-Bendit pourrait bien se révéler pour ce qu'il est : un abus de confiance.

Obama en renfort

Cet assaut du politiquement correct vient plomber un discours politique qui peine à s'en défaire. D'autant que ce prêt-à-penser a trouvé un renfort avec Barack Obama, qui est sur la ligne de l'écologie politique et de ses peurs scénarisées. Abordant, la semaine dernière au Caire (Égypte), les relations entre l'Occident et le monde islamique, le président américain a donné la mesure du conformisme de la gauche américaine, en se faisant le porte-parole de l'histoire "revisitée". Ainsi, selon Obama, "c'est l'islam (...) qui a brandi le flambeau du savoir pendant de nombreux siècles et ouvert la voie à la Renaissance et au siècle des Lumières en Europe". Une affirmation (parmi d'autres) pour le moins contestable - pourquoi dès lors l'islam des Lumières tarde-t-il tant à s'affirmer ? - qui illustre ce que dénonce l'historien Sylvain Gouguenheim, qui soutient au contraire la continuité des racines grecques dans l'Europe chrétienne. Il est vrai que, depuis la sortie de son livre (Aristote au Mont-Saint-Michel, Seuil), Gouguenheim ne compte plus ses détracteurs. Les pétitionnaires se bousculent, en revanche, pour soutenir, ces jours-ci, Vincent Geisser, chercheur au CNRS et militant de la cause islamique, à qui serait reproché un manquement à l'obligation de réserve.

Le PS moribond

Le PS est
moribond, pour s'être claquemuré dans une idéologie n'ayant plus de liens avec la vie des gens. Aussi, quand Martine Aubry appelle les "éléphants" au chevet d'un parti qu'ils ont eux-mêmes anéanti, elle ne peut qu'accélérer sa déchéance. À quand la nouvelle génération  ?

Ivan Rioufol pour le Figaro le 12 juin 2009

(1) Vaclav Klaus, Planète bleue et péril vert (Qu'est-ce qui est en danger aujourd'hui: le climat ou la liberté?) Editions IREF (Institut de Recherches Economiques et Fiscales).
www.irefeurope.org

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Mardi 9 juin 2009

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Le vote surprise, lors des élections européennes d'hier, en France, en faveur d'Europe Ecologie (qui fait jeu égal, 16%, avec le PS), porte deux ambiguïtés. Tout d'abord, le mouvement se laisse gentiment présenter comme une expression "citoyenne", rassemblant au-delà des partis dans le louable souci de protéger l'environnement. Or, c'est faux: Europe Ecologie, dirigée par Daniel Cohn-Bendit, est une formation militante de gauche, qui rassemble des Verts, des altermondialistes, des mouvements associatifs. Il se laisse habilement présenter aussi, deuxième ambiguïté, comme une réponse concrète à ce monde réel que le PS se révèle incapable de penser. Or, là aussi, l'apparence est trompeuse: Europe Ecologie est le fruit de l'idéologie "environnementaliste", qui s'est donnée comme but de "penser un autre monde" en plaidant pour la "décroissance", comme l'explique Cécile Duflot, porte-parole de l'organisation. Dans ce creuset, se retrouvent les ayatollahs verts et leurs fatwas à venir. 

Alors que les idéologies s'effondrent sous le poids des réalités, il est paradoxal de voir surgir un mouvement  qui, habité par des certitudes qui ne tolèrent aucune contradiction, puise à nouveau dans des constructions chimériques et autoritaires. Son projet de société vise à encadrer les activités humaines et leurs libres initiatives. Ce type de mouvement, d'inspiration totalitaire, ne peut fonctionner qu'en ayant recours au politiquement correct, mis au service de l'intimidation intellectuelle. Ceux qui, parmi les scientifiques, contestent le fait que le réchauffement climatique ne serait pas dû à l'homme mais serait la conséquence de phénomènes naturels déjà observés au fil des siècles, n'ont pas accès à l'expression publique. Pour avoir soutenu cette thèse, Claude Allègre a été traité de
négationniste. Son avenir gouvernemental est devenu très incertain.

Les électeurs d'Europe Ecologie savent-ils exactement pour qui ils ont voté? Le doute est permis, d'autant que la multidiffusion du film apocalyptique de Yann Arthus-Bertrand, "Home", à la veille du scrutin, a probablement éveillé chez le public des émotions dont l'affable Cohn-Bendit a pu tirer profit.  Plus de 8 millions de téléspectateurs ont vu ce documentaire, esthétique mais sans nuance, dont Arthus-Bertrand lui-même a dit (Le Parisien, 5 juin) : "C'est un film de propagande", avant d'indiquer qu'il votera pour Europe Ecologie. Reste à espérer que Nicolas Sarkozy, qui indique ce lundi, fort de ses bons résulats, qu'il prendra "des initiatives ouvrant de nouveaux chantiers", ne se laissera pas abuser par ce mouvement qui, sous prétexte d'écologie, combat la société libérale et sa confiance mise en l'homme.

Je participerai, mercredi, à l'émission "On refait le monde" sur RTL (19h15-20h)

Ivan Rioufol pour le blog.lefigaro.fr/rioufol le 08 juin 2009

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Vendredi 5 juin 2009

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Dimanche, la participation aux élections européennes s'annonce faible. L'abstention n'est jamais une bonne réponse. Pour autant, cette Union bonasse n'a rien d'attirant. D'ailleurs, la plupart des partis se gardent de parler d'elle. Parmi les 55 % d'électeurs français qui avaient dit non à la Constitution en 2005, beaucoup persistent à ne pas se reconnaître dans cette construction molle, tatillonne, incapable de parler clair. Sa faiblesse renvoie un portrait peu flatteur des peuples.

" Pour être forte, l'Europe doit assumer aussi ses valeurs et son identité", écrivent Nicolas Sarkozy et Angela Merkel, dans un texte publié dans Le Journal du dimanche. Or c'est justement là que le bât blesse : l'Union reste le produit du politiquement correct, qui veut donner toutes leurs places aux minorités et aux diversités. Dans cet espace ouvert, les racines chrétiennes ont été priées de se faire oublier pour ne pas fâcher l'islam. Or, qui a décidé de cette Eurabia qui s'esquisse ? Pas les citoyens, en tout cas.

L'Europe est fragile et doute d'elle-même. Derrière son insouciance se laisse voir une crainte existentielle, ressentie par ceux qui n'ont pas envie de s'identifier à un modèle déclinant, soucieux de plaire à tous. Sarkozy et Merkel en masquent les failles quand ils assurent : "Nous continuerons à nous battre pour le respect des droits de l'homme." Leurs convictions expliquent des présences militaires en Afghanistan contre les talibans. Néanmoins, "se battre" reste anachronique pour qui ne se connaît pas d'ennemis.

"C'est justement parce que la Turquie est musulmane, et non en dépit de sa religion, que nous avons intérêt à ce qu'elle intègre l'Union européenne", écrit Michel Rocard, mardi, dans Libération "L'Europe sera dès lors l'exemple du dialogue pacifié entre la civilisation judéo-chrétienne et l'Islam." Mais l'ex-premier ministre en est-il si sûr ? Déçu de voir s'éloigner l'Europe fédérale, le voilà soldant le berceau de l'Occident, pour prix d'un hypothétique monde apaisé. Pourquoi diable vouloir brader si vite notre reliquat d'âme ?

Cette tentation de l'abandon, partagée par des élites désabusées qui minimisent les possibles menaces qu'encourt une Europe trop gâtée, n'est pas du goût de nombreux électeurs. Si une société se juge aussi à ses fruits, le métissage culturel souhaité pour le Vieux Contient n'offre guère, pour l'instant, d'exemples attrayants avec ses déculturations, ses violences, ses ghettos. Ne pas s'étonner si ce postmodernisme, censé illustrer le monde nouveau, n'enthousiasme pas les gens.

Limites du "soft power"

En refusant la Turquie dans l'Union, Nicolas Sarkozy répond aux réserves des Français. Il est vrai qu'ils font, depuis trente ans, l'expérience d'une cohabitation avec des populations nouvelles, dont une partie reste attachée à des modes de vie, des mentalités, des cultures spécifiques. Cette évidence, qui consolide une fracture identitaire, n'est pourtant pas analysée par les politiques. "L'Europe est laïque et toutes les religions y ont leur place y compris l'islam", explique Alain Juppé (Le Figaro, mercredi), qui ne rejette Ankara de l'Union que pour des motivations économiques et politiques. Cependant, de semblables séparatismes s'observent dans les autres pays d'Europe, au point de réveiller, parfois, de pénibles sentiments de rejets qui révèlent la vulnérabilité des nouvelles nations multiculturelles. Aux Pays-Bas, par exemple, un député anti-islam, Geert Wilders, reçoit le soutien croissant d'une partie de l'opinion.

Cette prise de conscience de la faiblesse de l'Europe atteindra-t-elle les élites ? Ne désespérer de rien, tant les réalités bousculent les clichés. Lundi, c'est dans Libération que l'on pouvait lire ceci, de
Peter Van Ham: " L'Union européenne présente tous les symptômes de la décadence. (....) L'Union doit se réveiller pour défendre son modèle et ses valeurs. (...) Ce qui la menace ce sont, par exemple, l'immigration illégale, qui déstabilise son modèle de société, ou encore l'islam extrémiste. (...) L'Union doit affirmer qu'une guerre pourrait être nécessaire pour protéger notre idéal et nos intérêts communs." De tels propos ne sont plus exceptionnels.

Les limites du "soft power", ce comportement consensuel qui empêche l'Europe pacifiste et naïve de se protéger et de se défendre, commenceraient-elles à être posées ? Silvio Berlusconi, cible d'une campagne de la gauche qui dénonce ses frasques, maintient sa popularité à un haut niveau pour avoir, notamment, pris à bras-le-corps la lutte contre l'immigration clandestine, avec l'aval de l'Union européenne. Plus généralement, une déroute électorale se profile pour la plupart des partis "progressistes", inspirateurs de cette Europe émolliente qui ne sait pas dire non. Oui, les temps changent (
bloc-notes du 22 mai).

Le pari d'Obama

Est-ce ce "soft power" qu'a défendu Barack Hussein
Obama, hier au Caire ? Oui, quand il dit, se prévalant de son père musulman, vouloir construire un monde en paix, en partenariat avec l'islam des Lumières. Comment ne pas soutenir cet idéal  ? Mais c'est la force que promet aussi le président américain contre "l'extrémisme violent". "La résolution des États-Unis ne va pas faiblir", a-t-il prévenu. Les musulmans, à qui les États-Unis tendent la main, se désolidariseront-ils de ceux qui déshonorent leur religion "de paix et de tolérance" ? Tel est le pari.

Ivan Rioufol pour le Figaro le 05 juin 2009

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Jeudi 4 juin 2009

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J'avoue ma perplexité. Interrogé mardi soir sur Canal +, Barack Obama aurait dit, selon une traduction reprise par les médias français: "Si l'on compte le nombre d'Américains musulmans, on voit que les Etats-Unis sont l'un des plus grands pays musulmans de la planète". Si le président américain a vraiment déclaré cela, c'est un mensonge: les musulmans sont une des minorités des Etats-Unis et leur nombre ne dépasse pas, à ma connaissance, huit millions au maximum. S'il a voulu expliquer, comme je le crois plutôt, que les Etats-Unis sont un des pays occidentaux qui comptent le plus de musulmans (mais la France est aussi dans ce cas de figure), je m'étonne que la presse n'ai pas corrigé l'erreur. Dans les deux cas, l'absence de réactions des médias m'étonne. Mais passons, pour l'instant.

Obama, qui entame une opération de charme avec le monde islamique, va tenir un important discours au Caire, demain. Il veut, comme il l'a aussi expliqué, "créer un meilleur dialogue pour que le monde musulman puisse mieux comprendre comment les Etats-Unis, mais plus généralement le monde occidental, conçoivent certains problèmes difficiles, tels que le terrorisme ou la démocratie". Très bien. Ce qui m'inquiète, c'est la posture du pénitent que semble vouloir prendre Barack Hussein Obama, dont le père était musulman, face à l'islam :  "Les Etats-Unis et le monde occidental doivent apprendre à mieux connaître l'islam", dit-il. Or la curiosité de l'Occident pour l'islam peut se voir aisément, notamment dans les innombrables livres consacrés au monde musulman. En revanche, il faut chercher les auteurs musulmans s'intéressant à l'Occident. L'anthropologie non plus n'est guère prisée par l'islam.

Cette asymétrie est une constante, jusqu'à présent, dans le "dialogue des civilisations" que semble vouloir relancer Obama. A moins qu'il ne sache imposer, cette fois, une obligation de réciprocité au monde musulman, l'Occident risque d'être encore le dindon de la farce. Comme le remarque Jacques Dewitte (L'exception européenne, Michalon) :"Tout se passe comme si, à l'heure actuelle, s'effectuait une distribution des rôles entre ceux qui pratiquent le repentir et l'autocritique - les Européens, les Occidentaux - et ceux qui s'installent dans la dénonciation sans procéder eux-mêmes à un réexamen critique analogue de leur propre passé - en particulier les pays arabes et musulmans. Tout indique même que notre mauvaise conscience, bien loin de susciter l'émulation, renforce les autres dans leur bonne conscience (....)".

Ivan Rioufol pour le blog.lefigaro.fr/rioufol le 03 juin 2009

PS: A la veille de l'ouverture de la Biennale de Venise, et pour ceux qui se sentent régulièrement bernés par l'Art contemporain et ses trop nombreuses impostures, je conseille la lecture de Jean-Louis Harouel : La grande falsification, Editions Jean-Cyrille Godefroy. Sa démonstration de la crise de l'art, perdu dans le grand n'importe quoi, y est menée de manière implacable.

Par Ivan Rioufol - Publié dans : Chroniques d'Ivan Rioufol
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Dimanche 31 mai 2009

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Que de temps perdu ! Les élections approchant, la droite s'affole de la violence dans les cités et les écoles. Mais cela fait vingt ans et plus que le compte à rebours est enclenché. Vingt ans et plus que des observateurs alertent, en vain, sur les désastres promis par la "dictature des bons sentiments", dénoncée hier par Nicolas Sarkozy. Vingt ans et plus que la pensée conforme refuse les évidences et insulte ceux qui les désignent. La faillite de la société est patente quand des voyous des cités tirent sur des policiers à l'arme de guerre, quand une enseignante se fait poignarder par un élève de 13 ans, quand un lycéen se fait agresser à coups de marteau. Mais ces faits sont presque routiniers.

Arrêtons-nous sur l'école. Fouiller des cartables, installer des "équipes mobiles d'agents", généraliser la vidéosurveillance : tout cela est utile pour freiner une insécurité banalisée de surcroît par le cinéma et les jeux vidéo et aggravée par la démission de certaines familles. Mais ces solutions ne régleront pas les causes. Celles-ci, complexes, tiennent d'abord à une démission collective des politiques et des médias. Ils ont renoncé à combattre la démagogie des syndicats enseignants et n'ont pas davantage tenu tête à l'idéologie hyperégalitariste qui a arasé l'autorité et la culture.

Ainsi, cette semaine, une partie des syndicats du primaire a décidé de s'opposer aux évaluations des connaissances pour les élèves de CE1 (Le Figaro, mardi). Un fait qui s'ajoute aux témoignages de professeurs (dernier en date : Véronique Bouzou, Ces profs qu'on assassine, Jean-Claude Gawsewitch) qui dénoncent le renoncement de l'Éducation nationale à transmettre. Il est des inspecteurs d'académie qui ont déclaré la guerre à la "tyrannie des savoirs". Il en est d'autres qui préfèrent lâcher un professeur en conflit avec un élève. Les exemples sont légion.

Illettrisme et ensauvagement sont les fruits de cette école qui a inversé les valeurs, au nom du respect de l'autre. En 2005, déjà, Karen Montet-Toutain était poignardée en plein cours par un élève. Depuis, l'enfer s'est installé. Il devrait mobiliser la société rassemblée, qui est en train de produire son propre malheur. Il n'en est rien. Ce n'est pas une politique répressive qui rétablira l'école-sanctuaire. Il s'agit de reconstruire l'école publique. Un énorme chantier, qui oblige d'abord à sortir, concrètement, de la complaisance qui édulcore les réalités. Qu'attend-on ?

Allègre "négationniste"

Claude Allègre avait raison quand il dénonçait les tares de l'Éducation et les responsabilités des syndicats. Une partie de la droite lui sait encore gré d'avoir dit, à l'époque, des vérités inavouables sur le "mammouth". Or, peu d'hommes politiques osent renverser la table. Comme le remarque l'essayiste André Grjebine, parlant des pays scandinaves, le conformisme est devenu un procédé destiné à maintenir une cohésion sociale : "L'opinion publique ne résulte pas de l'addition des sentiments véritables de ceux qui la composent, mais de l'idée que chacun se fait de ce que les autres pensent." Cet artifice neutralise le débat public. Il empêche aussi de voir et de parler clair.

C'est pourquoi la nomination de l'ancien conseiller de Lionel Jospin à un ministère de la Recherche et de l'Innovation pourrait être vue comme un affranchissement du conformisme, que Sarkozy semble vouloir rompre en promettant, hier, "des opérations coups de poing dans les cités". En tout cas, les
accusations contre Allègre illustrent bien la réalité de la pensée unique : parce que ce scientifique récuse la responsabilité humaine dans le réchauffement climatique, il est considéré par les amis du médiatique Nicolas Hulot comme "un négationniste en matière d'environnement". Alain Juppé juge que sa nomination constituerait un "contre-signal formidable". C'est parce qu'ils sont nombreux à vouloir le faire taire qu'Allègre doit entrer au gouvernement.

Inutile ouverture

Cette possible arrivée d'un socialiste repenti n'illustre pas pour autant les vertus de l'ouverture, que l'Élysée dit vouloir poursuivre. S'il est une famille où le politiquement correct reste ancré, c'est bien au PS, gardien de dogmes responsables du désastre de l'Éducation nationale, sa chasse gardée. Alors qu'un mouvement de fond porte la droite, partout en Europe, il serait paradoxal d'en appeler encore aux largués "progressistes". N'y aurait-il donc pas, hors la gauche, d'hommes compétents pour épauler le gouvernement ? Entendre évoquer l'hypothèse d'une nomination au ministère de l'Éducation de Richard Descoings, patron de Sciences Po Paris, peut faire craindre une replongée de l'école multiculturelle dans le communautarisme, ses quotas, ses passe-droits, son angélisme. Sont-ce là les moyens de préserver un héritage culturel qui devrait être commun à tous ?

Le Kosovo épure

Souvenez-vous : la pensée conforme avait promis de faire du Kosovo le symbole d'une nation multiethnique. Or, ce pays musulman, indépendant de la Serbie depuis 2008, fait fuir toutes les minorités (Ashkali, Bosniaque, Croate, Gorani, Rome, Serbe, Turque), comme le révèle cette semaine un rapport passé inaperçu. Personne ne proteste contre cette épuration (voir mon
blog). Ce silence déshonore l'Europe et sa guerre de 1999 contre la Serbie, condamnée alors pour de tels procédés.

J'étais l'invité, à midi, de Claude Reichman sur
ReichmanTV

Ivan Rioufol pour le Figaro le 29 mai 2009

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Mercredi 27 mai 2009

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Où sont les grandes consciences ? Naguère, elles dénonçaient sans retenue des épurations ethniques attribuées aux Serbes, au Kosovo. Ce mercredi, un rapport du Minority right group, basé à Londres, indique que les minorités vivant dans l'ancienne province serbe, devenue indépendante en 2008 sous la pression d'une population devenue majoritairement musulmane, sont forcées d'abandonner le Kosovo. Le communiqué du groupe explique : "De nombreux membres des minorités Ashkali, Bosniaque, Croate, Gorani, Rome, Serbe et Turque abandonnent le Kosovo car ils font face à une exclusion de la société et à des discriminations à de nombreux niveaux". "Les restrictions à la liberté de mouvement, l'exclusion de la vie politique économique et sociale sont particulièrement ressenties par les petites communautés ethniques",  précise à l'Agence France Presse un responsable de ce groupe, Mark Lattimer. Cette réelle épuration, menée sous les yeux de la communauté internationale, est un scandale qui laisse les belles âmes  indifférentes.

Alors que les bombes de l'Otan s'abattaient sur Belgrade, en 1999, le ministre de la Défense français de l'époque, Alain Richard,  expliquait : "Nous avons vocation partout en Europe à avoir des états multiethniques qui tolèrent les minorités". On voit aujourd'hui les fruits de cette imposture politique, ayant fait du peuple Serbe, remarquable opposant au nazisme durant la seconde guerre mondiale, l'unique responsable du chaos balkanique. Une fois de plus, les faits démontrent que la société multiethnique et multiculturelle est devenue un modèle obligatoire pour tous, à l'exception de pays musulmans qui la réclament uniquement pour les autres. Combien de temps faudra-t-il supporter ce deux poids deux mesures, souvent dénoncé ici ? J'espère que des voix s'élèveront pour condamner ce qui se passe au Kosovo. Sinon, il faudra prendre acte d'une forme de soumission de l'Europe et de l'Occident.

Ivan Rioufol pour le blog.lefigaro.fr/rioufol le 27 mai 2009

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Lundi 25 mai 2009

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Ce qu'il faut briser, c'est le mur de la pensée unique. Depuis des lustres, il empêche de débattre et ridiculise la démocratie. C'est pourquoi l'éventualité d'une entrée de l'iconoclaste Claude Allègre au gouvernement serait le signe encourageant d'une vraie rupture avec le conformisme politique : une tradition que Nicolas Sarkozy a jusqu'à présent consolidée en menant une inutile politique d'ouverture à gauche, alors que la société penche de plus en plus à droite. En d'autres termes, ce n'est pas l'ancien conseiller de Lionel Jospin qui est intéressant dans la personnalité d'Allègre, mais l'esprit libre et critique qui a rompu avec le PS et qui dit les choses. Il est réjouissant de voir, dès à présent, une partie de la communauté scientifique s'affoler de l'audience que pourrait retrouver celui qui met en doute, notamment, l'unique responsabilité de l'activité humaine dans le réchauffement climatique.

Interrogé ce week-end dans Le Journal du Dimanche, Nicolas Hulot voit la possible nomination de Claude Allègre au gouvernement comme un "bras d'honneur" aux scientifiques. "Il ne pense pas la même chose que les 2.5000 scientifiques du GIEC qui mettent le monde en garde contre la catastrophe, c'est son droit", estime l'animateur de télé et militant écologiste. C'est effectivement parce que "c'est son droit" qu'il n'est pas normal, en fait, que la contradiction soit refusée par les écologistes. Sûrs de leurs certitudes, ils adoptent trop souvent des comportements sectaires, voire totalitaires. Je ne sais pas si Claude Allègre à raison. Mais il représente un courant de pensée qu'il faut entendre. Les idées reçues sont faites pour être remises en cause et discutées. Allègre peut y aider. Qu'en pensez-vous ?

Ivan Rioufol pour le blog.lefigaro.fr/rioufol le 25 mai 2009

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Vendredi 22 mai 2009

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Allez ! Une bonne nouvelle : une prise de conscience des multiples fragilités de la société prend forme. Une lucidité inhabituelle s'observe, ici et là, pour constater les signes d'un déclin de la France et de l'Europe. "Protéger" est devenu le verbe le plus utilisé, à droite comme à gauche. Qu'il s'agisse de culture, de sécurité, d'emploi, d'identité, un même souci de préserver des héritages, des acquis, des entre soi motive des positions qui, hier encore, étaient étiquetées réactionnaires.

La lente déculturation, cet effet d'un égalitarisme arasant, réveille ainsi une intelligentsia longtemps apathique. C'est Edgar Morin qui explique (Le Monde, 13 mai) : "La lecture de Montaigne, La Bruyère, Pascal, Diderot ou Rousseau nourrit notre esprit pour nous aider à résoudre nos problèmes de vie." Le sociologue préconise une année propédeutique de culture générale "obligatoire pour tous, en fin de lycée ou en première année de fac". Obligatoire. Le mot ne fait plus peur.

Dernièrement, le Haut Conseil à l'intégration, présidé par Patrick Gaubert, a publié un avis sur les valeurs de la République. On peut y lire : "Il est évident qu'un pays hôte est en droit d'exiger de ceux qui sont invités à séjourner durablement sur son sol (...) de respecter les valeurs fondamentales qui le structurent et constituent son patrimoine politique national". Le texte parle de "se soumettre" aux règles et aux codes. "Nos valeurs ne sont pas négociables". Jusqu'alors, le dogme de la diversité et du relativisme empêchait de parler ainsi.

Mais l'expression la plus spectaculaire d'un sursaut reste l'engouement soudain pour La Princesse de Clèves. La gauche s'était tue quand le président du Conseil représentatif des associations noires, Patrick Lozès, avait trouvé inutile qu'une connaissance du roman soit demandée pour un concours de postiers. Elle n'avait pas protesté quand le gouvernement avait, par la suite, supprimé la culture générale de certains concours administratifs, afin de satisfaire aux demandes des minorités ethniques (
bloc-notes, 5 décembre 2008).

Il aura fallu que le chef de l'État, mal inspiré, s'approprie les griefs du Cran contre le roman de Mme de La Fayette pour que l'antisarkozysme s'affole des concessions faites, depuis des années, au multiculturalisme. Lundi, dans Libération, une  "écrivaine et professeure", Hélène Merlin-Kajman, se félicitait que cette lecture littéraire soit devenue "un acte politique", incitant à inventer "de nouvelles formes de civilité, de bienséance et de réserve". Cet éloge de l'esprit français, n'est-ce pas une autre bonne nouvelle ?

"Une juste fierté"

Bon, il ne s'agit pas d'être naïf. Une possible résistance aux coups de boutoir portés à la douce France, sommée de s'ouvrir et de la fermer, n'en est qu'à ses balbutiements. Ce qui se dessine n'est que l'esquisse d'un retour vers les savoirs et la culture élitiste, que l'état de tiers-mondisation atteint par certaines universités grévistes (singulièrement en lettres et sciences humaines) rend encore plus urgent. La France s'éveille lentement, mais le temps joue contre elle. D'autant que le Vieux Continent, assoupi et amnésique, ne s'émeut guère de l'essoufflement de l'Occident qu'il représente. La faiblesse militaire de l'Europe dit tout de sa faiblesse générale.

Les pays de l'Est sont d'ailleurs les meilleurs gardiens d'une identité européenne devenue vulnérable à force d'autocritique et de mauvaise conscience. Un registre qu'illustre jusqu'à l'absurde Ségolène Royal, quand elle déclare, lundi à Paris : "L'Afrique est notre avenir", après lui avoir dit "pardon, merci, s'il vous plaît", pour l'esclavage, la colonisation, sa participation à la Libération de la France. Comme l'écrit le philosophe Jacques Dewitte (L'Exception européenne, Michalon, 2008), il est urgent que la conscience européenne, qui a porté si haut la civilisation, retrouve "une estime de soi ou une juste fierté" (1).

Or, justement, il ressort de la campagne pour les élections européennes que celle-ci se préoccupe beaucoup d'intérêts vitaux. Il est permis d'y voir, là aussi, une réactivité devant le processus d'autodestruction enclenché au nom de la mondialisation, du grand brassage, de la table rase. Les partis politiques des pays de l'Union réclament peu ou prou les mêmes protections. Le rejet majoritaire d'une entrée de la Turquie musulmane dans l'Union européenne révèle un désir, encore mal assumé, de consolider prioritairement un continent encore familier, héritier d'une même culture judéo-chrétienne et délimité par des frontières.

Inutile ouverture

C'est parce que le Parti socialiste n'a apparemment pas intégré ces aspirations à un nouveau conservatisme (qui se devinent aussi dans son propre camp) qu'il a tant de mal à émerger dans les sondages pour les européennes, malgré la crise censée le porter et son pilonnage médiatique contre Nicolas Sarkozy. Dans ce contexte, qui marginalise
l'extrême gauche mais se révèle porteur pour le traditionalisme incarné par François Bayrou, une poursuite de la politique d'ouverture à gauche s'inscrirait à contre-courant d'un mouvement de fond. C'est pourtant l'intention qui est prêtée à Nicolas Sarkozy. Seule une arrivée de Claude Allègre, personnalité iconoclaste fâchée avec le PS, pourrait être vue comme une bonne nouvelle...

Ivan Rioufol pour le Figaro le 22 mai 2009

(1) Des éléments de ce chapitre ont été puisés dans le
colloque sur l'identité européenne, organisé vendredi dernier à la Sorbonne par Jean-François Mattei et Chantal Delsol.

Par Ivan Rioufol - Publié dans : Chroniques d'Ivan Rioufol
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Mardi 19 mai 2009

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Cette fois, c'est avec une arme de guerre (probablement une kalachnikov) que des agresseurs ont tiré sur des policiers, ce week-end à La Courneuve (Seine-Saint-Denis), sans faire de victime. Un stade supplémentaire a été franchi dans l'expression d'une rébellion des voyous des cités contre l'ordre public. A cette occasion, on apprend (Le Monde daté de mardi) que le quartier des Tarterêts à Corbeille-Essonnes (Essonne) a connu quatre week-ends consécutifs d'affrontements entre les jeunes et la police, depuis le début avril. En réalité, les médias ne rendent plus compte de toutes les scènes de guérillas, tant elles sont devenues habituelles. Le 14 mars, dans la cité des Musiciens aux Mureaux (Yvelines), la police avait essuyé des tirs de plombs. Le 18 mars, Nicolas Sarkozy avait annoncé seize mesures policières et judiciaires. Effet dissuasif nul, de toute évidence.

Entendre Michèle Alliot-Marie, ministre de l'Intérieur, se féliciter que les policiers "ont réussi à mettre en fuite leurs agresseurs" illustre le désarroi des forces de l'ordre, dont l'autorité ne suffit plus à se faire respecter. C'est même contre eux que vont les reproches du sociologue
Laurent Mucchielli. Dans Le Parisien de ce lundi, il constate : "les policiers ont considérablement augmenté le niveau de leur violence, en particulier depuis qu'ils sont dotés de flash-balls et de pistolets électriques Taser". Il les compare aux voyous : "On se heurte à une logique de guerre entre deux groupes de jeunes gens, virils et violents, qui se provoquent et s'affrontent. Bien que les uns aient la légitimité de l'Etat et pas les autres, il est étonnant de constater que le seul mode de dialogue entre eux est le rapport de force". De tels raisonnements cul pas dessus tête, révélateurs d'un état d'esprit culpabilisant une approche répressive, confortent le sentiment d'impunité des irréductibles.

Si le gouvernement  ne veut pas se ridiculiser encore avec d'autres vaines déclarations martiales contre l'insécurité des cités et l'inviolabilité de leurs territoires, il est désormais contraint de passer à l'acte. Outre le démantèlement des trafics de drogue dans les quartiers sensibles, c'est leur désarmement effectif, cache après cache, que les pouvoirs publics doivent envisager. A moins que l'ensemble des cités ne s'estiment solidaires des 222 bandes qui sont, officiellement, au cœur des violences, l'Etat ne doit pas craindre les répercussions d'une telle riposte républicaine. Reste un doute, malgré tout : les banlieues ghettos surarmées seraient prêtes à soutenir une guerre urbaine ?

Ivan Rioufol pour le blog.lefigaro.fr/rioufol le 18 mai 2009

Par Ivan Rioufol - Publié dans : Chroniques d'Ivan Rioufol
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Claude Moniquet : Ancien journaliste, auteur spécialisé, expert internationalement reconnu en matière de contre-terrorisme, il a fondé en mai 2002, l’ESISC (European Strategic Intelligence and Security Center) qui a repris à son compte, dès sa création, le travail d’observation et d’analyse du terrorisme international et des questions stratégiques qui était mené depuis plus de vingt ans par certains de ses promoteurs.

Alexandre Del Valle : Essayiste, Géopolitologue, co-fondateur de l’Observatoire géopolitique de la Méditerranée (basé à Chypre) ; Membre du Conseil de Rédaction de la Revue française de Géopolitique Outre Terre, Alexandre Del Valle inscrit toutes ses études, interventions et écrits dans le cadre de la démarche géopolitique qui consiste à étudier « les rivalités de pouvoirs autour des territoires ou ressources », ainsi que les « représentations » développées par les acteurs en lice.

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- Editorialiste à la Metula News Agency, Israël Magazine, Frontpage Magazine, les Quatre Vérités, upjf.org
- Membre du comité de rédaction d’Outre-terre, revue de géopolitique dirigée par Michel Korinman
- Rédacteur en chef de la revue
Liberalia de 1989 à 1992 


Ivan Rioufol : Senior fellow à l'Atlantiste Institute et chroniqueur à l'émission On refait le monde, sur RTL. Il est titulaire d'un DEA de droit maritime et aérien et a débuté une carrière de journaliste, en 1976, au quotidien nantais Presse-Océan. Il rejoint Le Figaro en 1985 au service « La vie des médias », responsable de la rubrique « Confidentiel ». Il devient rédacteur en chef du service des informations générales, puis éditorialiste et membre du comité éditorial du journal en 2000. Depuis 2002, succédant à Max Clos, il tient dans Le Figaro un « Bloc-notes » publié chaque vendredi.

Michel Gurfinkiel : Ecrivain et journaliste, président de l’institut Jean-Jacques Rousseau, correspondant en France de Commentary et Weekly Standard, auteur de Israël, géopolitique d’une paix (1991), La cuisson du homard (2001), Le testament d’Ariel Sharon (2006), à paraître au début 2008 son livre sur l’histoire du sionisme et d’Israël.

Robert Redeker : Agrégé de philosophie, chercheur au CNRS. Membre du comité de rédaction de la revue Les Temps Modernes. Membre du comité scientifique du CALS (Université Toulouse-le-Mirail). Membre du comité scientifique de la revue Culture Droit.  Membre du comité de rédaction de la revue
Des Lois et des Hommes . Membre de la commission " philosophie- sciences religieuses- psychanalyse " du Centre National du Livre . 

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