L’Express a, voici quelques semaines, consacré à
l’islam un dossier dont le sous-titre était « les vérités qui dérangent ». Force m’a été de constater que, si quelques « vérités » étaient énoncées, la réalité d’ensemble se trouvait édulcorée.Oui, comme le notent les auteurs des articles, les femmes ne sont pas, dans l’islam aujourd’hui, traitées en égales des hommes. Oui, l’islam ne considère pas les enfants selon les règles qui prévalent au sein du monde judéo-chrétien. Oui, toujours, l’islam n’admet pas l’apostasie ou l’idée occidentale de sécularisme. Oui, enfin, l’essentiel du monde musulman reste bloqué dans une stagnation économique, politique et culturelle globale.
Mais, une fois que toutes ces paroles ont été prononcées, on n’a strictement rien dit. Parler de manière pertinente implique de prendre en compte le fait que nous sommes dans une ère de mondialisation où se dessinent des lignes de faille, des fractures et, aussi, des convergences. Le monde musulman n’est monolithique qu’aux yeux des observateurs superficiels. L’islam indonésien est différent de l’islam arabe, et l’islam d’Afrique subsaharienne différent lui-même de l’islam des Balkans européens. Le shiisme et le sunnisme sont eux-mêmes clivés : au sein du shiisme, la vision du monde de l’ayatollah Sistani en Irak se situe quasiment à l’opposé de celle des mollahs qui ont en main les leviers du pouvoir à Téhéran et, au sein du sunnisme, le wahhabisme saoudien n’est qu’une école de pensée parmi d’autres.
Des gens venus de l’intérieur du monde musulman, qu’ils se disent toujours adeptes de l’islam comme le sheikh Palazzi, ou qu’ils s’en soient éloignés comme Ayan Hirsi Ali, se livrent à un travail de critique très explicite et énoncent des exigences de changements profonds, tandis qu’ailleurs, d’autres gens profèrent des cris de rage apocalyptique.
Les circuits économiques internationaux font qu’un entrepreneur turc a davantage en commun avec un entrepreneur israélien ou américain qu’avec un islamiste djihadiste et est aussi éloigné de ce dernier que l’entrepreneur israélien ou américain peut l’être d’un gauchiste dans son propre pays.
Plusieurs combats se superposent et se tressent les uns aux autres. L’un de ces combats est celui qui fait avancer le libre-échange et la libre entreprise sur toute la planète : des populations qui commercent entre elles ne se font pas la guerre et le développement économique n’est pas durablement compatible avec l’hostilité à la liberté et à l’égalité de droit entre les êtres humains.
Un autre de ces combats est celui qui oppose États de droit et dictatures : des États dotés d’institutions chargées de faire coexister graduellement la liberté de tous avec celle de chacun s’éloignent de toute forme de discrimination et d’intolérance. L’un des malheurs du monde musulman est que le libre-échange et la libre entreprise y ont fort peu cours. Un autre de ses malheurs est, d’une part, qu’il y existe de nombreux lieux où on peut profiter de la rente pétrolière et, d’autre part, que, soit par intérêt à court terme, soit par un mélange de cynisme, de myopie et de pusillanimité, le monde occidental se soit montré si longtemps adepte d’un apaisement qui confine au renoncement à dire la vérité.
Il existe, comme l’explique depuis des années Daniel Pipes, une bataille pour l’âme de l’islam entre modérés et dogmatiques. Les modérés ne pourront l’emporter que si nous osons dire des « vérités qui dérangent » vraiment. Le monde musulman a besoin de liberté. Il a besoin qu’on lui dise la vérité.
Le monde musulman a besoin de droit, de démocratie, de libre-échange économique et culturel. J’ai, voici peu, fait paraître en français le livre de Daniel Pipes « L’islam radical à la conquête du monde » (Éd. Cheminements) aux fins qu’on commence à parler clair. J’y ai ajouté un livre que j’ai rédigé à partir d’entretiens avec mon regretté ami Fereydoun Hoveyda, « Mille et une vies » (Éd. Cheminements) aux fins que le débat ait lieu.
Force m’est de constater que nous n’en sommes pas encore là. Le temps presse pourtant. Ne pas contribuer à la victoire des modérés et de ceux qui parlent clair, ce serait contribuer à leur défaite, et cette défaite aurait des conséquences bien plus lourdes qu’un mariage annulé dans le Nord de la France…
Guy Millière pour les 4 Vérités hebdo le 15 juillet 2008
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Dans quelques
semaines, il sera temps de revenir à la situation géopolitique du Proche-Orient, et je le ferai. Pour l’heure, je préfère m’en tenir à ce qui est pour moi source de joie et d’espérance. Israël a
soixante ans, et ces six décennies ont l’allure d’un miracle sans cesse renouvelé, d’une promesse sans cesse répétée.