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Vendredi 18 juillet 2008
Publié avec l'autorisation de l'auteur :

L’Express a, voici quelques semaines, consacré à l’islam un dossier dont le sous-titre était « les vérités qui dérangent ». Force m’a été de constater que, si quelques « vérités » étaient énoncées, la réalité d’ensemble se trouvait édulcorée.

Oui, comme le notent les auteurs des articles, les femmes ne sont pas, dans l’islam aujourd’hui, traitées en égales des hommes. Oui, l’islam ne considère pas les enfants selon les règles qui prévalent au sein du monde judéo-chrétien. Oui, toujours, l’islam n’admet pas l’apostasie ou l’idée occidentale de sécularisme. Oui, enfin, l’essentiel du monde musulman reste bloqué dans une stagnation économique, politique et culturelle globale.

Mais, une fois que toutes ces paroles ont été prononcées, on n’a strictement rien dit. Parler de manière pertinente implique de prendre en compte le fait que nous sommes dans une ère de mondialisation où se dessinent des lignes de faille, des fractures et, aussi, des convergences. Le monde musulman n’est monolithique qu’aux yeux des observateurs superficiels. L’islam indonésien est différent de l’islam arabe, et l’islam d’Afrique subsaharienne différent lui-même de l’islam des Balkans européens. Le shiisme et le sunnisme sont eux-mêmes clivés : au sein du shiisme, la vision du monde de l’ayatollah Sistani en Irak se situe quasiment à l’opposé de celle des mollahs qui ont en main les leviers du pouvoir à Téhéran et, au sein du sunnisme, le wahhabisme saoudien n’est qu’une école de pensée parmi d’autres.

Des gens venus de l’intérieur du monde musulman, qu’ils se disent toujours adeptes de l’islam comme le sheikh Palazzi, ou qu’ils s’en soient éloignés comme Ayan Hirsi Ali, se livrent à un travail de critique très explicite et énoncent des exigences de changements profonds, tandis qu’ailleurs, d’autres gens profèrent des cris de rage apocalyptique.

Les circuits économiques internationaux font qu’un entrepreneur turc a davantage en commun avec un entrepreneur israélien ou américain qu’avec un islamiste djihadiste et est aussi éloigné de ce dernier que l’entrepreneur israélien ou américain peut l’être d’un gauchiste dans son propre pays.

Plusieurs combats se superposent et se tressent les uns aux autres. L’un de ces combats est celui qui fait avancer le libre-échange et la libre entreprise sur toute la planète : des populations qui commercent entre elles ne se font pas la guerre et le développement économique n’est pas durablement compatible avec l’hostilité à la liberté et à l’égalité de droit entre les êtres humains.

Un autre de ces combats est celui qui oppose États de droit et dictatures : des États dotés d’institutions chargées de faire coexister graduellement la liberté de tous avec celle de chacun s’éloignent de toute forme de discrimination et d’intolérance. L’un des malheurs du monde musulman est que le libre-échange et la libre entreprise y ont fort peu cours. Un autre de ses malheurs est, d’une part, qu’il y existe de nombreux lieux où on peut profiter de la rente pétrolière et, d’autre part, que, soit par intérêt à court terme, soit par un mélange de cynisme, de myopie et de pusillanimité, le monde occidental se soit montré si longtemps adepte d’un apaisement qui confine au renoncement à dire la vérité.

Il existe, comme l’explique depuis des années Daniel Pipes, une bataille pour l’âme de l’islam entre modérés et dogmatiques. Les modérés ne pourront l’emporter que si nous osons dire des « vérités qui dérangent » vraiment. Le monde musulman a besoin de liberté. Il a besoin qu’on lui dise la vérité.

Le monde musulman a besoin de droit, de démocratie, de libre-échange économique et culturel. J’ai, voici peu, fait paraître en français le livre de Daniel Pipes «
L’islam radical à la conquête du monde » (Éd. Cheminements) aux fins qu’on commence à parler clair. J’y ai ajouté un livre que j’ai rédigé à partir d’entretiens avec mon regretté ami Fereydoun Hoveyda, « Mille et une vies » (Éd. Cheminements) aux fins que le débat ait lieu.

Force m’est de constater que nous n’en sommes pas encore là. Le temps presse pourtant. Ne pas contribuer à la victoire des modérés et de ceux qui parlent clair, ce serait contribuer à leur défaite, et cette défaite aurait des conséquences bien plus lourdes qu’un mariage annulé dans le Nord de la France…

Guy Millière pour les 4 Vérités hebdo le 15 juillet 2008
par Guy Millière publié dans : Chroniques de Guy Millière
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Jeudi 10 juillet 2008

Publié avec l'autorisation de l'auteur :


Pendant des mois, pour ne pas dire des années, nous avons entendu parler de la captivité d’Ingrid Bétancourt. Des mouvements de solidarité profondément inutiles, mais qui donnent bonne conscience, comme la gauche sait en organiser, se sont déployés avec le concours obligeant des grands médias. « La France » officielle en a fait une question « prioritaire». En fonction de quoi, nous avons vu l’ex-mari et les deux enfants de la malheureuse venir parler aux heures de grande écoute pour nous expliquer tout le mal qu’ils pensaient d’Alvaro Uribe, la confiance qu’ils avaient en Hugo Chavez et la mansuétude qu’ils éprouvaient à l’égard des Farc avec qui, ajoutaient-ils, il faut négocier, et négocier encore. Une « solution militaire », concluaient-ils, devait être exclue.

Sous Chirac, Villepin avait organisé,
dans un irrespect total des autorités colombiennes, une lamentable équipée qui s’est achevée par un fiasco dans la forêt vierge. Nicolas Sarkozy, lui, a reçu Chavez et a visiblement cru pouvoir travailler en synergie avec lui.

Aujourd’hui, tout cela devrait
s’achever puisqu’Ingrid Bétancourt est libre. Des réflexions devraient venir, puisque la liberté de Mme Bétancourt a été le résultat précisément de ce dont on disait ne « vouloir » à aucun prix : une action des forces armées. Un changement de discours devrait se faire vis-à-vis d’un Président démocratiquement élu menant courageusement une guerre qui porte ses fruits contre des terroristes.

On peut craindre, hélas, que rien
ne change. On peut s’attendre même à un festival de reconstructions bancales de la réalité. Quelques heures après sa libération, encore sous le choc de l’émotion, Mme Bétancourt a eu la décence très honorable de remercier Alvaro Uribe et ses libérateurs. Elle a même dit, ô blasphème, qu’elle et les autres otages espéraient une opération militaire et auraient préféré mourir dans le feu d’une action de libération que sous le joug des barbares. Son discours, depuis, a changé. Ses enfants, eux, se sont d’emblée félicités de leur propre action et de celle de Chavez, et ils s’en sont tenus là. Ils ont même eu l’impudence d’affirmer que ce qui s’était passé n’avait pas été vraiment une opération militaire, mais une « opération de renseignement» et d’infiltration pacifique. Leur père a tenu un discours du même calibre. Nicolas Sarkozy a été plus correct, c’est bien le moins, mais est vite revenu à un discours relativiste.

La dernière version qui circule
est que la « mobilisation » a payé. « C’est grâce à la France qu’il n’y a pas eu de bain de sang et que l’armée colombienne a fait preuve de retenue », commence à dire la rumeur. Uribe ? On va bientôt vous affirmer à nouveau que c’est un homme peu recommandable. Je m’attends à pire encore : un membre des « comités de soutien à Ingrid » a déclaré en commentant les images de la libération qu’il était inquiet. Pourquoi ? Pas pour les centaines d’otages qui restent aux mains des Farc, non. Mais, plutôt, pour les chances de pourparlers de « paix » entre le gouvernement colombien et les Farc.

Comprendra-t-on un jour dans
ce pays que la paix viendra, en Colombie, comme ailleurs où des gouvernements sont confrontés à des barbares, ainsi en Israël, lorsque les barbares seront pleinement vaincus, et pas avant ? Comprendra-t-on que la paix viendra par l’écrasement militaire des barbares et pas autrement ? Discernera-t-on que le futur de la liberté dépend d’hommes courageux tels qu’Alvaro Uribe ? Nous n’en prenons pas du tout le chemin. On va entendre encore beaucoup parler d’Ingrid Bétancourt dans les semaines qui viennent. On va oublier ceux à qui elle doit d’être libre. Les belles âmes vont s’auto-congratuler. Va-t-on inviter de nouveau Chavez à Paris ? On ne peut l’exclure. En parallèle, nul ou presque ne parle de Guilad Shalit, retenu otage depuis plus de deux ans par des gens aussi ignobles que ceux des Farc : il est Français, certes, mais dès lors qu’il est aussi Israélien, cela lui donne sans doute moins de valeur aux yeux de certains.

Nul, ou presque, ne parle de
gens qui sont, en France même, menacés par les islamistes, ainsi Mohamed Sifaoui, dont la vie est menacée et à qui on a scandaleusement retiré toute protection policière. A-t-on idée de combattre l’islamisme dans un pays déjà plus qu’à demi soumis ?

Guy Millière pour les 4 Vérités hebdo le 09 juillet 2008

par Guy Millière publié dans : Chroniques de Guy Millière
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Jeudi 3 juillet 2008
Publié avec l'autorisation de l'auteur :

Le père Ubu, créé par Alfred Jarry, était docteur en pataphysique, « science des solutions imaginaires ». Depuis, la pataphysique a fait beaucoup de progrès en France…

À l’heure de la mondialisation, d’internet, de la réalité virtuelle et de l’économie de la connaissance, il y a encore, en ce pays, des « économistes » pour débattre des vices et des vertus des trente-cinq heures et on parle toujours des syndicats comme de « partenaires sociaux ». On aborde la « question du pouvoir d’achat » sans rappeler le lent glissement de la France vers le bas dans toutes les comparaisons statistiques internationales. On évoque régulièrement des « sectes » et ceux qui utilisent le mot veulent faire croire au danger représenté par quelques chrétiens repliés dans une ferme du Massif Central, mais s’émerveillent que le jeune et très illuminé gourou de la secte trotskiste soit invité d’honneur dans une grande émission de télévision du dimanche.

S’il n’y avait que cela, on serait déjà face à un spectacle de folie collective qui pourrait faire rire, s’il n’était à pleurer. Mais non : les magazines d’actualité les plus sérieux s’intéressent doctement à la couleur de la robe de Rachida Dati ou au fait de savoir si Carla et Nicolas ont couché dès le premier soir. Bertrand Delanoë, qui ne nous a pas dit qui serait sa première dame s’il devenait Président de la République, clame par contre qu’il est libéral et socialiste et que les deux mots sont faits pour s’accoupler. Et, en quelques jours, le mot « libéralisme » cesse soudain de sentir le souffre : si être libéral, c’est être favorable à la liberté d’entreprendre, c’est une horreur ; si c’est faire des nuits blanches, Paris plage, et des couloirs de bus, cela devient génial…

J’ai appris récemment par la télévision qu’il y avait des « problèmes de minorités » dans le pays : vous savez, il y a des Tziganes, des Chinois, des animistes d’Afrique subsaharienne, quelques Roumains, une poignée de Papous, mais ce qui n’existe pas, mais alors là, absolument pas, ce sont des islamistes.

S’il est question de virginité ou de mariage forcé, c’est parce des gens vivent dans des « quartiers » où sont installées des « familles », dont certaines viennent de la « campagne » et ont des idées « conservatrices ».

Si vous vous étonnez de cette utilisation du mot « conservateur », c’est que vous n’avez lu ou entendu aucun commentaire sur l’Iran, sinon vous sauriez qu’Ahmadinejad lui-même est un adepte du « conservatisme ». C’est beau la précision verbale pataphysique ! Quelques secondes plus tard, on vous glissera le nom de George Bush ou de John McCain en leur accolant l’étiquette « conservatrice » encore.
Si, en ce contexte tragique et néanmoins burlesque, vous osez dire que les États-Unis défendent la liberté sur la planète et que vos valeurs sont les droits tels que définis par John Locke, attendez-vous (cela m’est arrivé) à être traité de fasciste. Comment ? Vous ne saviez pas que Benito Mussolini était un adepte effréné de la liberté individuelle et un disciple de John Locke ? Vous avez besoin d’un cours de rattrapage en pataphysique !

Si les cours de rattrapage ne suffisent pas (quasiment tous les grands magazines d’actualité sont, en fait, des manuels de rattrapage), il reste la justice pour vous aider. Au pays du père Ubu, il y a des instances chargées de mettre au pilori la liberté de parole. Il ne sera bientôt plus possible de dire que le ciel est bleu si le père Ubu ne vous a pas, au préalable, donné l’autorisation de le dire.

Ne parlez jamais de l’islam, sinon pour clamer que c’est une « religion de paix ». Ne dites pas que les États-Unis sont une démocratie, sauf si c’est pour affirmer que vous vous prosternez tous les soirs devant un poster de Barack Obama.

N’oubliez pas de dire qu’Israël, sept millions d‘habitants, est une menace terrifiante pour les trois cents millions d’habitants du monde arabe, et que l’esclavage est un crime plus abominable que la shoah, et qui a été pratiqué uniquement par des Occidentaux.
Répétez-vous tous les soirs avant de vous endormir que la France est le « pays des droits de l’homme », de la rationalité et de la vérité. À force, vous pourrez finir par vous en convaincre, vous serez devenu un vrai adepte de la pataphysique…

Guy Millière pour les 4 Vérités hebdo le 02 juillet 2008
par Guy Millière publié dans : Chroniques de Guy Millière
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Jeudi 26 juin 2008

Publié avec l'autorisation de l'auteur :

Il est des hommes politiques qui passent, éphémères, sans consistance, et qui ne laissent derrière eux que la trace de leur propre vacuité. Il en est d’autres qui font ce qui doit l’être dans des temps difficiles et qui tracent leur sillon en pensant non pas à l’instant présent, mais au moyen et au long terme. À mes yeux, George Walker Bush appartient à cette seconde catégorie.

Aujourd’hui, il est au plus bas dans les sondages en Amérique. Il le sait. Il sait qu’il a commis des erreurs. Il sait aussi, parce qu’il est imprégné de foi chrétienne, que l’être humain est faillible et que celui qui ne commet pas d’erreurs n’existe pas. Il sait surtout ce que c’est que l’histoire. Il rappelle à ceux qui s’entretiennent avec lui ce que fut le destin d’Harry Truman, méprisé de son vivant, mais certain d’avoir fait ce qu’il devait. Et il rappelle qu’il a fallu plus de vingt années pour que la stature et la lucidité de Truman soient reconnues.

L’événement majeur des années Bush a été les attentats du onze septembre 2001. La décision majeure de la présidence de Bush a été de discerner en ces attentats la cristallisation d’une guerre qui avait été déclarée bien plus tôt aux sociétés ouvertes par le terrorisme islamiste, et d’en tirer les conclusions qui s’imposaient : ce qui a été appelé la « doctrine Bush ».

Du temps a passé, une intervention militaire a eu lieu en Afghanistan, puis une autre en Irak. Une perspective a été dessinée qui, parfois, a pu sembler se briser. On peut voir néanmoins que la perspective reste là. Et que celle-ci ne manque pas de grandeur…

La « doctrine Bush » a consisté à dire que l’opposition entre démocratie et totalitarisme restait l’opposition majeure de notre temps, et, de fait, l’opposition entre démocratie et totalitarisme est au cœur de ce début de XXIe siècle. La « doctrine Bush » a consisté à dire aussi que la démocratie ne pouvait passer de contrat avec le totalitarisme en s’attendant à ce que le contrat soit respecté. Cela a consisté aussi à pointer tout à la fois le danger majeur constitué par l’islam radical et par les États voyous, et la nécessité, pour faire reculer ce danger, de porter le fer dans la plaie.

L’idée qu’on peut passer contrat avec les totalitaires ne cesse de revenir dans les discours des bien-pensants, mais il est des hommes, toujours plus nombreux, pour la contredire et la réfuter, heureusement. Le danger majeur est identifié de plus en plus clairement. Et le fer a été porté dans la plaie.

On clamera, certes, que l’Afghanistan reste strié de violence, mais, dimension cruciale et trop oubliée, Ben Laden n’y dispose plus de bases arrières, et les talibans n’y règnent plus en maîtres. Des espaces de liberté se sont dessinés sur lesquels n’ironiseront que ceux pour qui la défense des droits de l’être humain se limite au périmètre correspondant aux VIe, VIIe et VIIIe arrondissements de Paris. En Irak, c’est l’armée de l’Irak libre qui, pour l’essentiel, combat aujourd’hui les derniers résidus d’al Qaida et les ultimes milices shiites soutenues par l’Iran.

On clamera que l’Iran lui-même est plus fanatique et plus fort que jamais : ce sera oublier les fissures profondes qui parcourent le pays. On parlera du Liban passé sous la coupe du Hezbollah, et on oubliera que les dictatures déstabilisées, telles celle d’Ahmadinejad, choisissent la fuite en avant quand le temps leur semble compté. On oubliera aussi que la déstabilisation de l’Iran a créé, chez les dirigeants syriens, une incertitude qui les conduit à une fébrilité diplomatique.

Bush a dit, dès 2002, que la guerre qui s’est cristallisée le 11 septembre 2001 durerait au moins une génération. Seuls les pratiquants de la myopie et de l’aveuglement pourront ignorer que la guerre en est, sans doute, à son simple commencement. Lors de son récent voyage au Proche-Orient, Bush a souligné ce qui devait l’être. Il a parlé de civilisation à Jérusalem, en des propos clairs et lumineux, et de liberté à Sharm El Sheik, en terre arabe. Lors de son voyage en Europe, ces derniers jours, il a rappelé aux dirigeants européens ce que sont les valeurs communes à l’Europe, à l’Amérique et à tous ceux qui refusent la barbarie. Et il a demandé que soit préservée, comme un bien précieux, la vigilance opiniâtre face aux barbares.

Ces divers discours feront partie de son testament politique. Ils serviront de référence lorsque le moment sera venu. Et le moment viendra…

Guy Millière pour les 4 Vérités hebdo le 25 juin 2008

par Guy Millière publié dans : Chroniques de Guy Millière
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Mercredi 11 juin 2008
Publié avec l'autorisation de l'auteur :

Pour le meilleur et pour le pire, les États-Unis ne sont pas un pays comme les autres. Ils sont nés d’idéaux issus des Lumières européennes, mais leur parcours a été, assez vite, différent de celui des puissances européennes. Ceux qui ont fondé les États-Unis ont fui les persécutions religieuses, les intolérances, les monarchies absolues, l’arbitraire, ou ils ont simplement voulu trouver des opportunités de vivre plus pleinement leur vie. Ils ont fondé une république qui repose sur les mêmes fondements depuis plus de deux cents années.

Il y a eu des incidents de parcours, l’esclavage dans le Sud en un temps où l’esclavage était pratiqué aussi par les puissances européennes dans les Antilles. Il y a eu, surtout, une montée en puissance quasiment irrépressible de cette forme particulière de xénophobie qu’on appelle l’« antiaméricanisme », et on a tout reproché aux Américains, et même le contraire de tout. Ils étaient, disaient les uns, une plèbe dégénérée. On évoqua ensuite, à juste titre, les États-Unis comme le pays du capitalisme et la terre la plus hostile aux idées socialistes et communistes.

On parla dans les années 1920 des horreurs du cosmopolitisme américain et de la société de consommation. La légende nationale entretenue par le gaullisme a ancré dans les têtes que la France s’était libérée toute seule ou presque du joug nazi et avait failli subir le sort effroyable de l’Allemagne (dont l’économie fait peine à voir) en se trouvant réorganisée par l’Amérique : imaginez, une France sans un PCF obtenant 20 % des voix pendant quatre décennies et, qui sait, sans CGT, quel désastre !

Ces dernières années, les thèmes dominants ont été celui de l’« impérialisme » américain, ou du « déclin » des États-Unis. La « puissance du futur », ce fut d’abord le Japon, ensuite l’Union européenne : c’est aujourd’hui la Chine. Au temps de Carter, les États-Unis n’allaient effectivement pas bien (est-ce pour cela que tant d’Européens gardent une tendresse pour Carter ?), puis ce fut Reagan, qui était censé être un « cow boy de série B » et qui osa dire en 1981 (fallait-il être idiot) que le système soviétique allait s’effondrer. Bush père fut terne et ne resta que quatre ans. Clinton profita de la paix et de la prospérité restaurées par Reagan, et il se conduisit d’une manière qui sembla plaire au pays où le Président Félix Faure qui, dit-on, se rêvait César, est mort Pompée.

George Walker Bush suscita assez vite une détestation frénétique et il est de bon ton de dire que sa présidence fut désastreuse. On a dit la même chose, par exemple, à la fin de la présidence Truman, mais qui a la moindre mémoire ? On note que la popularité de Bush est basse, ce qui est vrai, mais on oublie de dire que celle du Congrès démocrate est plus basse encore. Bien sûr, on redit que l’économie américaine va très mal, et on oublie de signaler que, depuis 2001, la croissance a fléchi parfois, mais sans jamais s’interrompre, et qu’un chiffre de chômage de 5 % signifie quasiment le plein-emploi. On oublie de noter aussi qu’à la différence de ce qui se passe en Europe, la natalité se maintient. Il y a plus d’immigrants hispaniques ou asiatiques, et ceux à qui une peau basanée écorche les yeux y voient un signe d’apocalypse.

L’économie américaine devient post-industrielle, ce qui implique des changements de paradigme que certains ne parviennent pas à déchiffrer. Le pétrole est cher, ce qui entraîne des désagréments, mais pas un effondrement économique. La situation en Irak est bonne, ce qui explique pourquoi les médias n’en parlent pas. Le coût de la guerre en proportion du produit intérieur brut est infime.

Les Américains veulent tourner la page d’une période identifiée avec la tragédie du 11 septembre et parlent de changement. John McCain incarne une recomposition, qui commence à peine, du camp républicain. Barack Obama est un visage neuf sur les idées d’une très vieille gauche : c’est pour cela qu’il plaît dans les salons de la vieille Europe. C’est pour cela que je ne parierais pas un dollar sur lui. Tout comme je ne parierais pas un dollar sur le déclin des États-Unis d’Amérique. Comprendre n’est pas facile pour un Européen : ceux qui veulent essayer peuvent lire le livre de Peter Schuck et James Wilson, « Understanding America », qui vient de paraître. Les autres peuvent écouter ce qui se dit dans les salons…

Guy Millière pour les 4 Vérités hebdo le 11 juin 2008
par Guy Millière publié dans : Chroniques de Guy Millière
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Mercredi 4 juin 2008
Publié avec l'autorisation de l'auteur :

Ma confiance en la justice de mon pays est relativement limitée, tout particulièrement lorsqu’il s’agit du secteur de l’information… Il arrive néanmoins que, dans ce qui est le plus souvent le combat du pot de fer « politiquement correct » contre le pot de terre des défenseurs de la vérité, le pot de terre gagne. C’est ce qui vient d’arriver à Philippe Karsenty. Et il doit cette victoire, à son courage, à sa ténacité et à son opiniâtreté.

Ce dont il s’agit est un peu oublié en France : c’est ce qu’on appelle « l’affaire al Dura ». Un cameraman filme des images sur lesquelles on voit deux Palestiniens, un homme et un jeune garçon, sembler s’abriter pour éviter les balles. Un journaliste de France 2, Charles Enderlin, utilise les images et ajoute un commentaire censé expliquer les faits : un père et son fils « subissent les tirs de l’armée israélienne », quelques secondes plus tard, « le jeune garçon est mort ». Images et commentaires font le tour du monde. Le jeune garçon devient le symbole même de la victime de « l’atrocité sioniste ». Son effigie fait l’objet de murs peints, d’affiches, de timbres, de monuments et de célébrations malsaines par islamistes, gauchistes et autres personnages peu recommandables.

Des enquêtes sont menées par divers investigateurs, l’une par une cinéaste appelée Esther Schapira en Allemagne, une autre par la
Metula News Agency. Philippe Karsenty, qui a fondé une agence de notation des médias, Media Rating, traite du sujet, enquête lui-même, et publie ce qui est à ses yeux la vérité : les images sont le résultat d’une pure et simple mise en scène. Charles Enderlin et France 2 déposent plainte pour diffamation. Ils gagnent en première instance. Ils viennent de perdre en appel. Certes, Philippe Karsenty continue à être considéré comme ayant diffamé, néanmoins, sa « bonne foi » est établie, ses preuves et expertises sont retenues, et il obtient une relaxe.

La « diffamation de bonne foi » est, bien sûr, une notion très étrange, une particularité qui a des allures de cercle carré ou de parallélépipède sphérique. C’est un petit pas en termes de justice, mais c’est un grand pas dans le contexte français !

De nombreux médias avaient fait état de la condamnation de Philippe Karsenty en première instance, les avocats de France 2 et de Charles Enderlin avaient littéralement traîné Philippe Karsenty dans la fange en des termes que la décence m’interdit de reproduire ici ; la relaxe qui vient d’être prononcée a fait, elle, l’objet d’une infinie discrétion…

Le mur de la « vérité officielle » tient encore, le pouvoir de parler pour dire certaines vérités qui ne sont pas conformes à la « vérité officielle » se trouve toujours tenu bien en main par le complexe médiatico-politique de la nomenklatura française.

Néanmoins une lézarde s’est dessinée, et ce devait être dit. C’est parce que Philippe Karsenty a tenu bon que la lézarde a pu se dessiner. C’est parce qu’un juge, Laurence Trebucq (qu’il lui soit rendu hommage) a tenté, dans un contexte où c’était difficile, de dire un tant soit peu le droit que la lézarde a vu le jour. Dans un geste qui n’a pas de précédent à ma connaissance, Charles Enderlin et France 2 portent l’affaire devant la Cour de Cassation, mais celle-ci ne peut trancher que sur la forme, pas sur le fond.

Ailleurs qu’en France, dans des pays de liberté de parole, ce sont bien davantage que des lézardes qui se sont dessinées dans le mur de la « vérité officielle » : je n’ai, dans ce pays de liberté provisoire et surveillée, pas le droit d’en dire davantage, la police de la pensée veille. Mais tous ceux qui me lisent savent qu’on peut utiliser internet pour s’évader.
On a parlé, dans la presse américaine, de nouvelle affaire Dreyfus, les choses, fort heureusement, n’ont pas été aussi longues et douloureuses pour Philippe Karsenty. Elles n’en ont pas moins été bien trop longue et trop douloureuses pour un homme intègre et qui s’est contenté de faire ce que nous devrions tous faire : ne pas fléchir, parce que c’est dans les gestes et les mots de chacun d’entre nous qu’avancent ou reculent le bien et le mal, la vérité ou le mensonge.

Philippe a contribué à servir le bien et la vérité. Je ne doute pas qu’il poursuivra un combat qu’il mène pour bien davantage que lui-même, et je voulais aussi lui signifier, par cet article, ma profonde gratitude.

Guy Millière pour les 4 Vérités hebdo le 04 juin 2008
par Guy Millière publié dans : Chroniques de Guy Millière
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Jeudi 29 mai 2008
Publié avec l'autorisation de l'auteur :'

J’évoquais voici peu la situation préoccupante de la France et les faibles performances de la présidence Sarkozy. Je m’efforçais de ne pas être sévère et de trouver des circonstances atténuantes. Je parlais de tendances lourdes. Je dois préciser qu’avec des différences d’un pays à l’autre, ces tendances sont à l’œuvre dans toute l’Europe.

Les livres consacrés à ce sujet s’accumulent dans les librairies d’outre-Atlantique, mais ils n’ont pas leurs équivalents ici. Peut-être parce que, avant de mourir, il vaut mieux fermer les yeux et ne pas regarder le néant trop en face ; peut-être parce que les Européens, collectivement et individuellement, ne veulent pas se dire à eux-mêmes qu’ils appartiennent à une civilisation qui meurt. Les indicateurs démographiques, dont on parle peu, sont éloquents : avec une moyenne de 1,5 enfant par femme, l’Europe est entrée dans un processus de vieillissement sans précédent dans l’histoire.

Si on y ajoute le départ des jeunes gens porteurs de capital intellectuel, la poussée de l’immigration, la natalité dans les populations musulmanes, l’incapacité générique à réformer en profondeur les systèmes d’État-Providence, la situation semble plus sombre encore.

Le grand islamologue Bernard Lewis parlait, voici quelques années, d’une Europe devenant musulmane et plus pauvre, mais sans choc majeur.
Bat Ye’or évoquait le glissement, plus douloureux, des populations juives et chrétiennes vers le statut de dhimmi, citoyen de seconde zone, et le tabou qui monte dans l’atmosphère dès qu’il est question d’islam pourrait bien lui donner raison. Voici quelques mois, Walter Laqueur rédigeait, en d
eux cents pages accablantes, mais lucides, l’épitaphe d’un « vieux continent » devenu décidément très vieux et dépossédé par ses élites de ses propres valeurs au profit d’un multiculturalisme sans consistance ni certitudes.

Bruce Thornton, professeur d’histoire, vient de faire paraître un ouvrage au titre tranché : «
Decline and Fall », le déclin et la chute. Il évoque, comme il m’est arrivé de le faire, un lent suicide et, à la différence de Tony Blankley, rédacteur en chef du Washington Times, qui parlait, dans un autre ouvrage, d’une « dernière chance » voici un an, n’évoque, lui, pas l’ombre d’un espoir.

L’Europe, telle qu’elle s’est édifiée depuis six décennies, note Thornton, est une utopie abstraite qui a tourné le dos à tout ce que l’Europe a pu porter de noble et de fécond, ce qui rend les Européens « incapables de défendre leur civilisation contre ceux qui entendent la détruire » : « de vieilles hypothèses socialistes continuent à susciter l’interférence des gouvernements dans la vie économique et sociale », des « discours relativistes interdisent de penser qu’il est des causes pour lesquelles on peut encore prendre les armes », ce qui mène à un défaitisme actif.

Dès lors que ses partisans ont défini l’Europe graduellement par opposition aux États-Unis, « l’antiaméricanisme est devenu une religion en Europe, et communient en cette religion la gauche et une bonne part de la droite », ce qui empêche les Européens de voir encore de quelle fécondité les États-Unis sont porteurs. « Puisque la fierté de l’héritage civilisationnel est abandonnée, puisque l’avenir se fane, puisque le judéo-christianisme s’efface, quels idéaux reste-t-il à défendre et affirmer ? », demande Thornton, qui ne trouve aucune réponse plausible. Le déclin et l’islamisation de l’Europe risquent d’être, ajoute-t-il, d’autant plus pénibles qu’en se révélant inapte à prendre les décisions et les mesures nécessaires pour lutter contre le djihadisme à l’échelle planétaire, l’Europe prend le risque concret d’être, dans quelques décennies, terre d’islam radical.

En parallèle au livre de Thornton, je parcourais un sondage réalisé des deux côtés de l’Atlantique. Êtes-vous attachés aux valeurs éthiques issues du christianisme ? La réponse est oui pour 58 % des Américains : elle est oui, aussi, pour 13 % des Européens seulement. Pensez-vous qu’il faut parfois se battre pour ses idéaux ?
Oui, disent 74 % des Américains, oui ajoutent, très minoritaires, 25 % d’Européens.
Êtes-vous satisfaits de la vie que vous menez ?
Oui, clament, malgré les difficultés présentes, 59 % des Américains, oui, murmurent, plus minoritaires encore, 18 % des Européens. Tout commentaire serait inutile…

Guy Millière pour les 4 Vérités hebdo le 28 mai 2008
par Guy Millière publié dans : Chroniques de Guy Millière
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Jeudi 22 mai 2008
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J’aimerais écrire pour la fin de la première année de présidence de Nicolas Sarkozy, écrire un article favorable. J’aimerais vraiment. J’ai déjà souligné ici que j’avais trouvé profondément salubre le fait qu’en se rendant aux États-Unis, Sarkozy ait rompu avec la vaine arrogance antiaméricaine qui a si souvent caractérisé la politique française, tout particulièrement chez les « gaullistes »…

Je me suis réjoui aussi du rapprochement avec Israël et de l’amorce de cassure par rapport à une politique si souvent cynique et cauteleuse vis-à-vis du monde arabe. J’ai espéré, voici un an (d’une manière toujours plus modérée, certes), qu’une effective « rupture » s’opérerait en ce pays. Je n’ai pas voulu porter de jugement hâtif. Je veux bien penser qu’il reste quatre années. Je discerne aisément que la quasi-totalité de ceux qui critiquent Sarkozy aujourd’hui en France le font depuis les préjugés d’une gauche débile, ou depuis la myopie étriquée d’une droite crispée. Je discerne aussi que le pire a été évité avec la défaite de l’arrogante cruche qui règne sur le Poitou.

Néanmoins : je ne puis que dire mon inquiétude. Les rafistolages et les gadgets abondent, mais les décisions sérieuses et profondes sont absentes. On tente, par quelques subterfuges, de sauver la Sécurité sociale qui, néanmoins, continuera à coûter de plus en plus cher tout en répondant de moins en moins à son rôle supposé d’assurance maladie. On tente d’allonger le temps de cotisations pour essayer de ralentir l’effondrement prévisible du système de retraites par répartition. On affiche des chiffres du chômage qui « baissent », à mesure que le vieillissement de la population se poursuit. On aménage le RMI, la semaine de trente-cinq heures, quelques règles du commerce, mais on ne touche pas à de multiples rigidités qui continuent à entraver l’esprit d’entreprise et l’investissement. On pratique une « réforme » de l’université qui ne crée pas les conditions d’une ouverture vraie vers le secteur privé.

L’erreur fondamentale a été de ne pas tenir d’emblée un discours sans fard et de ne pas dire, dès le lendemain de l’élection, à quel point la situation était préoccupante. Le reste a suivi. Lorsqu’on n’ose pas dire clairement que le déclin est amorcé et que la chute se rapproche, on est condamné à une forme de fuite en avant.

On promet du « pouvoir d’achat » : comme si celui-ci dépendait de décisions gouvernementales, et non d’une dynamique de liberté qui impliquerait un retrait drastique de l’interventionnisme d’État. On préserve les syndicats, on flatte les écologistes, on parle d’un « modèle social européen » dont personne ne veut hors des frontières de la France. On « promet » de sauver des usines qui, de toute façon, fermeront et, pour bien montrer qu’on a tout compris à l’économie post-industrielle, on dit qu’on ne conçoit pas un pays développé qui ne garde pas une classe ouvrière.

Parce qu’il faut faire marcher le commerce et l’économie mixte, on se jette aux pieds des autocrates chinois, on laisse le dictateur libyen se conduire à Paris en capitale conquise, on va courtiser les dirigeants algériens et tunisiens en leur tenant des discours ambigus. On montre qu’on préfère Chavez à Uribe pour ce qui concerne l’Amérique latine.

Ce qui manque en ce pays, ce sont des hommes politiques courageux et lucides : il en existe, je sais, mais ils sont marginalisés. Ce qui manque pour que le courage et la lucidité puissent avancer dans la classe politique, c’est une réflexion de fond qui soit à même de se faire entendre.

Il y a, certes, l’opiniâtreté remarquable de quelques-uns, tels Jacques Garello ou Pascal Salin. Il y a le travail de quelques think tanks qui, faute de recevoir le soutien de grands entrepreneurs, ne peuvent jouer le rôle que des structures équivalentes jouent ailleurs, à Londres, Dublin ou Washington. Il y a les excellents livres publiés sous la responsabilité de
Mathieu Laine chez Lattès, ceux que je commence à faire paraître chez Cheminements, quelques autres : Alain Laurent aux Belles Lettres, Philippe Nataf à l’Institut Charles Coquelin, Nicolas Lecaussin

C’est trop peu. Je ne puis m’empêcher de me dire que l’avenir n’est pas prometteur et porte des tendances lourdes et grises. J’aimerais, très vivement, me tromper. Je ne vois, pour l’heure, aucun signe me montrant que je me trompe…

Guy Millière pour les 4 Vérités hebdo le 21 mai 2008
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Samedi 17 mai 2008

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Dans quelques semaines, il sera temps de revenir à la situation géopolitique du Proche-Orient, et je le ferai. Pour l’heure, je préfère m’en tenir à ce qui est pour moi source de joie et d’espérance. Israël a soixante ans, et ces six décennies ont l’allure d’un miracle sans cesse renouvelé, d’une promesse sans cesse répétée.

Israël, pour moi qui ne suis pas juif, c’est le symbole de ce que la mémoire d’un peuple peut surmonter tous les obstacles qui se dressent devant elle, dès lors que c’est une mémoire féconde. C’est l’affirmation du droit à disposer d’elle-même d’une population si longtemps persécutée. C’est l’affirmation que le monothéisme sans lequel il n’y aurait pas d’autre monothéisme vit et que la religion qui, la première, a affirmé la Loi et la transcendance qui constituent le fondement de notre civilisation, vit elle aussi.

L’idée de la nécessaire renaissance d’Israël s’est concrétisée chez Theodor Herzl au moment de l’affaire Dreyfus. Elle s’est cristallisée peu à peu face à la haine du national-socialisme arabe et du national-socialisme tout court. Elle s’est concrétisée trop tard pour éviter que six millions de juifs ne meurent dans la shoah, cette tache ignoble et indélébile sur le passé de l’Europe, mais elle s’est concrétisée quand même.
Malgré une guerre incessante et barbare, malgré le terrorisme, les malveillances et les ostracismes, les Israéliens ont transformé le désert en champs, où poussent fleurs et fruits. Ils ont fait de leur pays une puissance cruciale en matière de technologies de pointe, une oasis de développement économique, de liberté de parole et de liberté politique au milieu du sous-développement générique du monde arabe.

Si les voisins d’Israël sortaient des fantasmes et du fanatisme, ils discerneraient qu’il existe, dans la région, de la place pour tout le monde. Ils bâtiraient leur prospérité à côté de celle d’Israël et en symbiose avec elle. Ils s’ouvriraient à la grande fraternité humaine et à l’infini des possibles.
Ils reconnaîtraient qu’il existe déjà un État arabe palestinien qui s’appelle la Jordanie et qui représente 80 % du territoire du Mandat palestinien confié aux Britanniques. Ils diraient que les Arabes qui ont quitté le territoire d’Israël, voici soixante ans, étaient, pour la plupart, des travailleurs immigrés venus travailler pour des entreprises juives et repartis parce que des dirigeants sanguinaires leur ont demandé de laisser le terrain libre aux assassins de juifs.

Ils reconnaîtraient que les cécités criminelles auxquelles ils ont cédé les ont enfermés dans des impasses. Ils aspireraient au droit, à la démocratie, au capitalisme. Ils se débarrasseraient des Assad, du Hezbollah, du Hamas, de l’Autorité palestinienne, de Moubarak, des potentats saoudiens et du soutien d’Ahmadinejad. Ils se feraient un point d’honneur de délivrer Israël de la pression du bellicisme qui l’entoure, de se délivrer eux-mêmes et de délivrer les Arabes de Judée-Samarie et de Gaza des crapules qui les maintiennent dans la misère et l’endoctrinement aux fins d’en faire des bombes humaines.

Je ne puis dissocier mon amour d’Israël d’un amour de la liberté et de la dignité de l’être humain. Ni d’une immense compassion pour l’ensemble des populations du Proche-Orient : je dis bien, l’ensemble. Les peuples arabes peuvent eux aussi vivre libres et dignes, et ils vivront libres et dignes quand ils se délivreront des venins qui les empoisonnent, et au cœur desquels il y a la haine antijuive et anti-israélienne. Les populations arabes de Judée-Samarie et de Gaza peuvent, elles-mêmes, vivre libres et dignes pour peu qu’elles soient délivrées des venins.

La tâche des Occidentaux devrait être de réexpliquer ce que sont la liberté et la dignité, de défendre la démocratie et le peuple israéliens, et de dire que c’est, en fait, toute la région qui a besoin de liberté et de dignité. Au lieu de cela, les Occidentaux entérinent majoritairement les fantasmes et les falsifications qui hantent le monde musulman. Ils ferment les yeux devant le fanatisme. Ils parlent de « peuple palestinien » et font des courbettes devant ceux qui s’enrichissent ou s’excitent au nom du « peuple palestinien ». Certains Européens sont même prêts à trahir Israël en semblant ne pas voir qu’en trahissant Israël, ils trahiraient la liberté et la dignité de l’être humain, et entraîneraient un cataclysme génocidaire qui n’épargnerait rien ni personne…

Guy Millière pour les 4 Vérités hebdo le 14 mai 2008
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Mercredi 30 avril 2008
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La répression féroce des autorités chinoises vis-à-vis des Tibétains a, pendant quelques jours, fait les gros titres des journaux. L’indignation a été unanime. Le parcours planétaire de la flamme olympique s’est trouvé perturbé.

Puis sont venus les discours déjà trop entendus et depuis trop longtemps. La mentalité chinoise n’est pas la nôtre, ont dit certains : nous n’avons pas à imposer notre conception des droits de l’homme à des populations qui appartiennent à une autre culture. Des sinologues ont ajouté que nous risquions de froisser le sens de l’honneur du « peuple chinois ». Quelques économistes ont glissé qu’il ne fallait pas brûler les étapes : la Chine avance, ont-ils affirmé, et il faut lui laisser le temps d’avancer. Enfin, bien sûr, est venu le temps des hommes politiques et des courbettes. « Ce n’est pas une question de contrats », a dit Nicolas Sarkozy : qui peut le croire ?

Les arguments sur les différences culturelles ont déjà été utilisés pour couvrir les crimes du maoïsme, et ceux qui les utilisent devraient sentir monter sur leurs lèvres le goût du rance, et, sous leur front, le souvenir de millions de cadavres suppliciés : les êtres humains sont fondamentalement les mêmes partout, et ou bien on se bat partout pour la dignité de l’être humain ou on ne se bat nulle part pour elle. La vie d’un Tibétain ou d’un Chinois est aussi précieuse en soi que celle d’un Français. Commencer à renoncer à certains principes fondamentaux conduit très vite à excuser le pire.

Pour ce qui concerne la susceptibilité du peuple chinois, il vaut la peine de rappeler que celui-ci n’est pas libre, est soumis à la propagande du régime et se trouve très précisément incité par celle-ci à adopter des attitudes nationalistes et xénophobes qui relèvent de la manipulation mentale de masse. Nos principes, là encore, devraient nous conduire à faire la différence entre la libre opinion et le lavage de cerveau collectif…

Dire qu’il faut laisser à la Chine le temps d’avancer équivaut à s’aveugler devant ce qui se passe, car la Chine avance, oui, mais pas du tout dans la bonne direction.

Les courbettes, quant à elles, constituent des actes de vile soumission et montrent que ceux qui se courbent sont à vendre et déjà achetés.
La réalité, que nous devons regarder en face, est que la Chine n’est sortie du communisme que pour glisser vers un fonctionnement de type fasciste. Économie aux mains de gens inféodés au régime sur le mode de ce que les nazis appelaient Zwangwirtschaft, économie forcée.

Mainmise du parti unique sur l’éducation, l’information et la culture. Structuration de la société autour d’un appareil de répression impitoyable. Dissémination d’un dogme nationaliste uniforme, xénophobe et teinté de ressentiment. Visées hégémoniques… La réalité est non seulement que la population chinoise a le cerveau lavé, mais qu’elle subit une répression cruelle qui ne touche pas que les Tibétains, mais des milliers de dissidents, des millions de paysans, et pour le moins autant d’ouvriers.

Quand les Jeux Olympiques ont été confiés à Pékin, le pari était celui de l’ouverture de la Chine, et ce pari, ce doit être dit, est aujourd’hui perdu.

La Chine fasciste ne s’ouvre pas : elle s’affirme, elle tisse des liens avec d’autres régimes de type fasciste, du Venezuela de Chavez à la Russie poutinienne ou à l’Iran des mollahs. Un sens minimal de l’honneur, mais aussi la simple compréhension de ce que c’est la liberté qui est en jeu, devraient inciter le monde occidental à boycotter la cérémonie d’ouverture des Jeux, mais aussi les Jeux eux-mêmes. Il devrait en découler, au-delà, une remise en question d’ensemble de nos politiques face à la Chine.

On me dira que ce n’est pas facile et que nous dépendons des exportations chinoises, voire des fonds chinois : je répondrai que nous ne sommes pas en situation de dépendance mais d’interdépendance, et que l’interdépendance marche dans les deux sens. La Chine a besoin d’écouler ses produits et de placer ses capitaux au moins autant que nous avons besoin de lui acheter ou de lui emprunter. Les Jeux auront lieu, bien sûr, et une remise en question de nos politiques n’est pas vraisemblable.

Les dirigeants chinois savent que les Occidentaux sont lâches, très lâches, hélas…

Guy Millière pour les 4 Vérités hebdo le 30 avril 2008
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Jeudi 24 avril 2008
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Je ferai paraître en septembre un ouvrage d’un chercheur américain appelé Paul Driessen. Son objet se trouve explicité par le sous-titre : « Peurs vertes, morts noires », qui complète le titre : « L’impérialisme écologique ». Le texte vient expliciter une réalité de plus en plus flagrante : pendant qu’ici, dans les pays riches, nous cédons à des lubies et à des phobies plus ou moins ridicules au nom de la défense de l’environnement, ces lubies et ces phobies tuent dans les contrées les plus pauvres.

Au nom du refus des biotechnologies agricoles, on a condamné, voici quelques années, des populations à mourir de faim juste à côté d’entrepôts où étaient stockées des denrées agricoles porteuses de l’immense péché d’avoir été génétiquement modifiées. Parce que des charlatans avaient décrété que le DDT était mauvais pour la santé de quelques espèces animales, on a interdit son usage, ce qui a entraîné une recrudescence de paludisme qui a condamné à mort des millions de gens.

Parce que des gens sans scrupule ont répandu l’idée qu’il existait un réchauffement global découlant des activités humaines, on a interdit l’accès à l’électricité à des populations qui n’ont eu, dès lors, accès ni à la réfrigération des aliments, ni à des instruments de cuisson ou de chauffage modernes. Au lieu de leur fournir des moyens optimaux, on leur a proposé des cellules photovoltaïques totalement insuffisantes, voire des éoliennes comme on en plante ici ou là dans les campagnes européennes, tout en sachant fort bien qu’elles ne pourront jamais fournir qu’une quantité infime des besoins énergétiques concrets tout en tuant des milliers d’oiseaux (qui, soudain, comptent fort peu).

Tandis que nous continuons à nous agiter pour lutter contre le réchauffement en ignorant presque totalement le rôle des radiations solaires dans les fluctuations du climat, il semble, sans que cela soit dit en dehors de quelques cercles d’initiés, que le climat soit en train de se refroidir, avec de multiples conséquences que, bien sûr, les spécialistes patentés (à ne pas confondre avec les ânes qui, eux, sont bâtés et infiniment plus inoffensifs) n’ont su prévoir. Une quantité croissante de terres agricoles se sont trouvées, en parallèle, détournées de leur rôle initial qui était de produire des aliments pour les êtres humains, et ont été consacrées à produire les ingrédients nécessaires aux « biocarburants » dont nul n’a besoin puisque la terre continue à regorger de pétrole et continuera à en regorger jusqu’au moment où existeront les moteurs de l’après-pétrole.

Les résultats attendus commencent à devenir visibles et le seront de plus en plus. Les prix de denrées agricoles que la production et les terres détournées vers les « biocarburants » avaient déjà orienté vers une forte hausse voient cette hausse s’exacerber avec des successions de mauvaises récoltes dues à des gelées inopinées ou à des inondations inattendues. Des « émeutes de la faim » surviennent au sein de populations qui n’ont effectivement plus les moyens de s’alimenter.

Ceux-là même qui ont créé le problème vont s’employer à lui trouver des réponses et, s’obstinant à ne pas regarder le problème en face, apporteront des réponses inadéquates. On va beaucoup parler dans les mois à venir d’aides alimentaires d’urgence, de raréfaction des ressources, de plans pour les pays pauvres élaborés sous l’égide des Nations Unies. On va parler du « dérèglement climatique » où on verra une variante du réchauffement (à la lutte contre lequel on consacrera encore des sommes immenses). Nul ou presque ne dira que le climat fluctue sans cesse, et que l’intelligence de l’être humain a été, au fil des siècles, ce qui lui a permis de s’adapter à ces fluctuations tout en faisant des gains de productivité immenses. Nul ne dira qu’il faut jeter dans le magasin des accessoires ineptes et criminels tout le secteur des biocarburants, cesser de pervertir de multiples façons les marchés agricoles, en finir avec le criminel principe de précaution pour en revenir à ce qui nous a donné les merveilles de la chimie, de la biologie et de la physique modernes grâce auxquelles nous sommes aujourd’hui six milliards sur cette terre.

Nul ne dira que les biotechnologies sont, pour la production alimentaire dans les pays les plus pauvres, une piste infiniment plus féconde que l’écologisme – ce qui n’est pas très difficile !

Guy Millière pour les 4 Vérités hebdo le 23 avril 2008
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Jeudi 17 avril 2008
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Société disloquée », a noté l’un. « Pouvoir politique éclaté », a ajouté l’autre. Quelques mots glanés ici ou là encore : « terrorisme en expansion », « bourbier », « sale guerre », « impasse ». Un auteur particulièrement en verve a parlé d’« insulte à l’humanité », un autre, adepte de la brosse à reluire, a évoqué la « clairvoyance française » et le « glorieux » discours de Villepin. Des chiffres fantaisistes ont circulé. Bien sûr, George Bush a été présenté comme un crétin, c’est devenu un réflexe de ce côté de l’Atlantique. On a évoqué le déclin absolu des États-Unis, leur image ternie…

L’occasion de tout cela ? Le récent cinquième anniversaire des opérations de libération de l’Irak. Peut-on tenter de procéder à un bilan provisoire moins bilieux et plus exact ? Je le pense, malgré le bouillon de culture idéologique français.

D’abord, la situation en Irak était devenue intenable au fil du temps. Les accords pétrole contre nourriture et médicaments servaient d’une façon de plus en plus évidente à affamer et terroriser la population irakienne, à alimenter une dictature immonde et à engraisser une multitude de corrompus. Le régime de Saddam était le prototype même des États voyous. La guerre proprement dite a duré trois semaines et s’est achevée dans l’allégresse du peuple irakien. Villepin et Chirac n’étaient pas très contents, eux : ils venaient de perdre un ami. La chute de Saddam a eu assez vite des répercussions dans le monde arabe, et le « printemps de Beyrouth », même s’il n’a pas été aussi fécond qu’on pouvait l’espérer, a été un sous-produit évident du changement à Bagdad.

Ce qui a suivi a permis de voir que l’après-Saddam avait été mal préparé à Washington, que la stratégie conçue par Donald Rumsfeld était loin d’être optimale, et avait gravement sous-estimé la volonté des islamistes et des partisans de la dictature de pratiquer la politique du pire contre la démocratisation du pays. Des élections ont eu lieu, avec une participation très importante. Une presse pluraliste a vu le jour.

D’anciens baasistes, des membres d’al Qaida, des milices shiites ont tenté de semer le chaos et assassiné des milliers de gens. Pour des raisons qui restent à élucider et qu’on ne peut que lui reprocher, l’administration Bush tardera à réagir. Il faudra le glissement de la guerre vers l’impopularité, des soldats morts, et la défaite électorale de l’automne 2006 pour qu’un changement de stratégie s’opère, et que le général Petraeus puisse mettre en œuvre des opérations anti-terroristes cohérentes. Aujourd’hui, la pacification, pour l’essentiel, est enfin là. Les communiqués d‘al Qaida montrent que les terroristes sont en déroute, même s’ils frappent encore sporadiquement. Personne en France ne connaît ces communiqués. Les anciens baasistes et les dirigeants sunnites ont rejoint le processus démocratique. Les djihadistes shiites de Moqtada al Sadr reconnaissent eux-mêmes qu’ils ont échoué : là encore, personne en France ne lit leurs déclarations.

Les efforts ne doivent en aucun cas se relâcher : ce qui est en jeu, comme l’affirme John McCain, vraisemblable successeur de Bush, c’est la guerre globale contre l’islam radical et la terreur. Mais des avancées décisives se sont opérées. La démocratie irakienne est très imparfaite, mais mieux vaut une démocratie imparfaite qu’un régime sanguinaire. Il y a eu des victimes : quatre mille soldats américains, bien davantage d’Irakiens, sunnites, shiites, chrétiens. L’Iran est sur la défensive et ce sont, plus que jamais, les tenants de l’appareil de répression du régime qui y tiennent les rênes. Les dirigeants irakiens affirment leur volonté de rester dans l’orbite de la puissance américaine. L’image du djihadisme pâlit partout dans le monde musulman. Le fait que Bush ait tardé à faire appel à Petraeus restera une ombre sur sa présidence, mais le peuple américain se reconnaît davantage dans l’héroïsme que dans le défaitisme débile prôné par Clinton-Obama. Qui, chez nous, aura le courage de dire la vérité et de souligner qu’en cultivant la nostalgie du dictateur, en affirmant (dans une ignorance volontaire des preuves) que Saddam n’avait pas d’armes chimiques ou biologiques et aucun lien avec le terrorisme, et en pratiquant l’apaisement devant le djihadisme, nous faisons le jeu du pire, ici, dans un proche avenir ?

Guy Millière pour les 4 Vérités hebdo le 16 avril 2008
par Guy Millière publié dans : Chroniques de Guy Millière
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Jeudi 10 avril 2008
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Je ne regarde plus depuis longtemps les journaux télévisés français pour m’informer : pour cela, j’ai des sources sérieuses.
Non, je regarde les journaux télévisés de ce pays pour la pantomime et le théâtre, pour décompter les falsifications dont je ne pense même pas qu’elles soient toutes volontaires. Beaucoup, sans doute, viennent de la paresse et du conformisme : on entend une chose, plutôt que vérifier on répète, le suivant répète encore, et ainsi de suite.

Et puis il y a les sujets sur lesquels les thèmes sont quasiment imposés. Pour Israël, c’est simple : les Israéliens victimes du terrorisme sont en fait la proie du « cycle de la violence », les réactions de l’armée israélienne sont toujours « disproportionnées », les terroristes arabes sont de simples « activistes », si les dirigeants palestiniens gaspillent les milliards reçus année après année,
c’est la faute d’Israël.
C’est, après tout, un phénomène européen : cracher sur Israël en Europe, c’est une façon de s’exonérer de la shoah. C’est aussi une façon d’adopter le nouveau masque de l’antisémitisme. Je ne suis pas antisémite, moi Monsieur, je trouve juste qu’on en fait trop à leur sujet. Et puis, voyez ce qu’ils font aux Palestiniens, une horreur ! Variante : je ne suis pas antisémite, juste antisioniste. Le fait qu’Israël soit le seul État dont on accepte aussi aisément de nier l’existence n’effleure pas ces braves gens qui, soixante ans après avoir accepté que les Juifs portent l’étoile jaune, sont tout à fait prêts à faire d’Israël le Juif des États.

Pour les États-Unis, c’est simple aussi : il y a du racisme, c’est l’individualisme forcené, il y a des armes à feu partout, ils n’ont pas de culture et ne savent même pas où est la France sur une carte de géographie, ils n’ont pas la Sécurité sociale, et puis ils ont voté deux fois pour George Bush, imaginez. Heureusement, il y a le parti démocrate. Et une fois de plus les journaux télévisés retransmettent l’espérance d’un Président qui ne serait pas républicain…

Pour l’Irak, c’est extrêmement simple encore. Choisissez le mot qui vous convient : bourbier ou chaos. Énumérez le nombre de morts américains en prenant bien soin de ne jamais dire combien sont morts dans des accidents de la circulation. Démultipliez le nombre des morts irakiens et si vous parvenez à le multiplier par dix ou par cent, vous aurez un bon point. Ne dites pas « c’était mieux sous Saddam », même si vous le pensez très fort : parfois il vaut mieux suggérer que dire explicitement.

Ne tentez pas d’expliquer pourquoi la presse américaine dans son ensemble, en dehors de quelques feuilles d’extrême-gauche et d’extrême-droite parle des succès remportés : les journalistes américains sont tellement plus bêtes que leurs confrères français et vendus au capitalisme mondial…
Si vous trouvez un journaliste américain qui pense comme vous, citez-le copieusement, et jetez à la poubelle tous les écrits de ses confrères. Quand vous tombez sur un document officiel qui ne vous convient pas, n’hésitez pas à mentir à son sujet. Un mensonge répété de tous les côtés peut finir par avoir des allures de vérité.

C’est ce qui est arrivé voici peu avec un rapport du Pentagone sur les liens entre Saddam, al Qaida et le terrorisme islamiste : il aurait été possible de passer ce rapport sous silence, comme tant d’autres textes et documents. Mais quelqu’un, quelque part, s’est dit qu’il y avait mieux à faire : mentir sur le contenu du rapport. Et c’est ainsi que, pendant des jours entiers, on a entendu ou lu que le rapport en question montrait que Saddam Hussein, ce brave homme, n’avait eu aucun lien avec al Qaida et le terrorisme islamiste.

Pour s’exonérer, ceux qui colportent cela diront qu’ils ont des articles américains qui disent la même chose : il en existe, c’est vrai. Il existe aussi le texte du rapport, et celui-ci est accablant pour Saddam et son régime. Oui, Saddam était lié à al Qaida. Oui, il avait des liens avec le terrorisme islamique. Ceux qui liront le texte du rapport le sauront, ceux qui liront les l