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Dimanche 30 novembre 2008

Publié avec l'autorisation de l'auteur :

 

Le président élu américain va très vite pour former son gouvernement. Israël sait déjà à quoi s’en tenir.

 

Barack Obama ne perd pas de temps. En théorie, le président élu américain pourrait  attendre son installation à la Maison Blanche, le 21 janvier, pour rendre publique la composition de son cabinet, et se contenter, jusque là, d’une « équipe de transition », composée de simples « conseillers ». C’est ce qu’ont fait tous ses prédécesseurs. Cette méthode permet de faire « flotter » certains noms ou certaines politiques, de les tester auprès de l’opinion, et donc de prendre le moins possible de risques lors des nominations définitives, qui sont soumises à l’approbation du Sénat.

Obama a préféré abattre son jeu tout de suite. Il a d’abord annoncé que Rahm Emanuel, le surdoué qui a retourné l’électorat juif en sa faveur, serait son directeur de cabinet, c’est à dire une sorte de premier ministre. Puis qu’il offrait le Département d’Etat à son ex-rivale Hillary Clinton. Les noms d’autres futurs ministres ou « officiels » ont suivi : de Janet Napolitano à la Sécurité intérieure à Timothy Geithner au Trésor, en passant par le général des Marines James Jones à la présidence du Conseil national de sécurité, l’organisme qui, sous l’autorité directe du chef de l’Exécutif, supervise l’ensemble de la politique étrangère et de défense des Etats-Unis. Au Pentagone, le ministre républicain actuel, Robert Gates, a accepté de rester en place.

Cette rapidité, pour ne pas dire cette hâte, tient d’abord à des considérations purement politiciennes : les démocrates ayant désormais la majorité dans les deux Chambres du Congrès, il est peu probable que les nominations présidentielles soient remises en question après le 21 janvier. Elle s’explique en outre par le climat économique : tant que l’Amérique et le monde s’interrogeront sur la ligne financière, industrielle et commerciale de la future administration, mais aussi sur sa politique étrangère, les opérateurs – chefs d’entreprises, investisseurs – ne prendront pas de décision et la crise actuelle perdurera, avec d’inévitables effets cumulatifs ; dès qu’on saura où va Obama, les opérateurs décideront, et la reprise sera possible.

Sur les conflits israélo-arabe et israélo-iranien, les choses sont d’ores et déjà claires. Le futur président s’est entouré de conseillers et de ministres qui veulent « relancer le processus de paix », c’est à dire exercer des pressions sur Israël.

Rahm Emanuel passe pour être un pro-israélien militant. Mais il a mis en scène en 1993 les accords d’Oslo, ou plus exactement de Washington. En organisant notamment la poignée de main Yitzhak Rabin-Yasser Arafat dans les jardins de la Maison Blanche : une image qui, en légitimant le chef terroriste palestinien, délégitimait l’Etat démocratique d’Israël.

La nomination d’Hillary Clinton n’était pas encore confirmée en début de semaine. A priori, la sénatrice de New-York affiche un profil pro-israélien, tout comme son mari, l’ancien président Bill Clinton. Mais que valent réellement ces réputations ? Soucieux de terminer son second mandat, en 2000, sur un traité de paix général au Proche-Orient, Bill n’avait pas hésité à extorquer de Jérusalem, en 2000, des concessions stratégiques majeures face à la Syrie et aux Palestiniens : notamment en imposant des sanctions ou des limitations à l’industrie militaire israélienne. C’est par miracle qu’Israël avait échappé à ce Munich : en raison de l’obstination des parties adversaires, qui rejetèrent ces offres dans l’espoir d’obtenir plus encore. Clinton n’a pas rapporté pour autant les mesures anti-israéliennes qu’il avait ordonnées.

James Jones, le futur président du futur Conseil national de sécurité, a fait l’éloge de la coopération stratégique américano-israélienne quand les pro-israéliens dominaient sans partage la Maison Blanche et le Congrès. Mais plus récemment, l’influence des pro-israéliens ayant tombé, il a écrit un rapport au vitriol sur la politique israélienne à l’égard de l’Autorité palestinienne.

Robert Gates est un vétéran des services secrets américains : il a servi pendant vingt-six ans à la CIA, où il a commencé sa carrière en qualité de simple analyste (rédacteur de rapport, à partir des données transmises par les « sources premières »).

Contrairement à la légende colportée par Hollywood, la CIA, dont les analystes sont aujourd’hui issus pour la plupart des universités et non du terrain, se situe politiquement à gauche et non à droite. Dans les années 1970, elle était ouvertement prosoviétique, au point que l’un de ses directeurs, le futur président George H. Bush, avait été contraint d’organiser une confrontation entre les experts officiels de la centrale et une équipe contestataire, dite « Equipe B », dirigée par l’historien Richard Pipes. Ce duel s’était achevé sur la déroute des analystes officiels et avait marqué le début de la mobilisation antisoviétique de l’ère Reagan, à partir de 1981, qui elle-même devait conduire à l’effondrement de l’URSS et de son Empire entre 1989 et 1991.

La CIA est également, de façon systémique et pour les mêmes raisons sociologiques, anti-israélienne, pro-arabe, pro-iranienne (depuis l’instauration du régime khomeiniste) et pro-islamiste. Selon ses analystes, les Etats-Unis et l’Occident sont « coupables » face à un tiers-monde qu’ils « pilleraient ». Les « révoltes » du tiers-monde seraient donc par principe « légitimes ». L’intérêt à long terme des Etats-Unis serait de tendre la main aux « révoltés ». A plus court terme, il serait de ne jamais rompre le dialogue avec ces derniers. C’est l’idéologie qui a conduit à la passivité devant la révolution khomeiniste en Iran en 1977-1979, à l’indulgence envers le néo-wahhabisme en Afghanistan à partir de 1980, à la passivité devant le virage ultra de l’Egypte sous Hosni Moubarak à partir de 1981, à la campagne anti-israélienne de 1982, lors de l’intervention de Tsahal au Liban, à une stratégie de soutien à l’islam dans les Balkans à partir de 1995 (de la Bosnie au Kosovo), aux pressions, tout au long des années 1990 et jusqu’en 2003, en vue de l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne, à la minimisation de la menace terroriste contre les Etats-Unis avant le 11 septembre 2001, à des tentatives répétées en vue d’empêcher l’intervention en Irak entre 2001 et 2003, à l’émasculation de la « doctrine George W. Bush » de 2002 sur le conflit israélo-palestinien (pas d’Etat palestinien sans démocratie) et à son remplacement par la « feuille de route ».
Venant d’un tel milieu, Gates ne saurait être considéré a priori comme un décideur favorable à Israël. De fait, sous la présidence George H. Bush, il a contribué à lancer la campagne contre les contrats militaires israéliens avec des pays tiers. Par la suite, il a oscillé entre des positions pro-israéliennes et anti-israéliennes. David Arbel, un haut responsable du Mossad chargé des contacts avec la CIA, l’a ainsi décrit dans une interview avec le journal israélien Yedioth Aharonoth le 12 février 2006 : « Il se comporte en fonctionnaire américain. Il est avec nous quand il pense qu’à un moment donné, les intérêts d’Israël coïncident avec ceux de son pays. Ou contre nous quand il ne le pense plus. »  Chronologiquement, ces « coïncidences » ont toujours correspondu à la présence, au-dessus de Gates, d’une personnalité favorable ou défavorable à Israël. Quand les néoconservateurs pro-israéliens ont perdu de leur influence au sein de l’administration George W. Bush, à partir de 2005 et surtout de 2006, Gates a soutenu l’école anti-israélienne, notamment en participant à la commission James Baker-Lee Hamilton (le « Groupe d’étude sur l’Irak ») qui prônait l’abandon de l’Irak, une entente avec l’Iran et des pressions contre Israël. Cela dit, Gates a toujours traité ses interlocuteurs israéliens avec courtoisie, ce qui n’a pas été le cas d’autres responsables américains.

Au delà des nominations proprement dites, il faut noter qu’Obama a reçu avec beaucoup de déférence deux stars du lobby anti-israélien américain : le démocrate Zbigniew Brzezinski, 80 ans, qui dirigea le Conseil national de sécurité à l’époque de Jimmy Carter, de 1977 à 1981, et le républicain Brent Scowcroft, 83 ans, qui occupa les mêmes fonctions sous George Bush père, de 1989 à 1993. Ces deux hommes ont ensuite cosigné le 21 novembre, dans le Washington Post, un éditorial qui pourrait être le manifeste de la nouvelle administration : « La question palestinienne est le plus grand défi au Moyen Orient… Le sentiment d’injustice qui la sous-tend est réel et irrésistible… »  Il faut, selon eux : « Revenir aux frontières de 1967, sous réserve de quelques rectifications mineures et réciproques, une solution au problème des réfugiés palestiniens basé sur des compensations et non sur le droit au retour, Jérusalem comme capitale pour les deux Etats, un Etat palestinien démilitarisé ».

Les deux seuls points qui pourraient sembler positifs d’un point de vue israélien – la compensation des réfugiés palestiniens au lieu de leur « retour », et la démilitarisation de l’éventuel Etat palestinien – feront rire les vrais experts : comme si ces réfugiés, fictifs à 50 % au moins, n’avaient pas été dédommagés à 10 000 % par l’UNRWA depuis 1948, à la « démilitaridifférence de tous les autres réfugiés du monde ; comme si une demilitarisation  quelconque a jamais empêché un fasciste arabe ou un islamofasciste à prêcher la guerre ou à faire la guerre.

Constat d’Amir Oren, dans le journal de gauche israélien Haaretz : « Israël et la future administration Obama sont voués à un choc frontal ».

Michel Gurfinkiel pour michelgurfinkiel.com le 26 novembre 2008

Par Michel Gurfinkiel - Publié dans : Chroniques de Michel Gurfinkiel
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