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Jeudi 4 septembre 2008
La première chose que je veux dire c'est que ce soir je m'en veux énormément. En effet, ce que je vais écrire sur le Pakistan je voulais déjà l'écrire il y a trois jours. Faute de temps, et quelque peu fatigué par mes activités professionnelles, cela ne s'est pas concrétisé. Libre à vous de me croire ou non. Peu importe à dire vrai.

L'attentat manqué aujourd'hui contre le Premier ministre pakistanais, Yousuf Raza Gilani (photo), n'est pas une surprise pour moi. Cet attentat résulte de la volonté des Etats-Unis de reprendre le contrôle de la situation au Pakistan, il est également le reflet de la lutte pour le pouvoir qui oppose deux clans pakistanais. Je m'explique :

Le 28 août s'est en effet tenue une réunion aussi discrète qu'importante sur le porte-avions USS Abraham Lincoln dans l'Océan Indien. Etaient présents côté américain : le chef d'Etat-major interarmées, Michael Mullen, le général américain David Petraeus, commandant en Irak, le général David McKiernan, le chef des forces de l'OTAN en Afghanistan ainsi que le chef des opérations spéciales Eric Olson. Du côté pakistanais, le général Ashfaq Kayani, chef de l'armée pakistanaise. C'est Pervez Musharraf qui a nommé ce général pour le remplacer à la tête de l'armée pakistanaise. Il est réputé, comme son prédécesseur, être proche des Etats-Unis. Cette réunion avait pour principal objectif d'évoquer le problèmes de la zone frontalière entre le Pakistan et l'Afghanistan dans laquelle les talibans et les membres d'Al-Qaïda opèrent en toute impunité et des moyens à employer pour mettre un terme à cette situation. Or comme je l'ai dit plusieurs fois et encore dernièrement, http://www.rebelles.info/article-21835978.html, une partie de l'armée et surtout de l'ISI (services secrets pakistanais) ont basculé dans le camps des islamistes ce qui diminue considérablement l'efficacité des offensives de l'armée pakistanaise contre les bases des islamistes dans ces zones frontalières. Même si, comme l'a constaté l'amiral Mullen, "le général Kayani lance désormais des opérations qui n'avaient pas cours il y a quelques mois.", le problème, je le répète car c'est important, c'est que le général Kayani ne contrôle plus l'ensemble des forces armées. Les offensives menées ces derniers jours se sont d'ailleurs arrêtées depuis cette réunion au sommet. Officiellement à cause du ramadan...

Le 25 août, trois jours avant cette réunion au milieu de l'Océan Indien, Nawaz Sharif, ancien allié du Premier ministre Pakistanais, avait quitté la coalition gouvernementale. Ce n'était pas un hasard. Si il s'était opposé à Pervez Musharraf, l'homme des Etats-Unis, s'était avant tout pour assouvir une rancune tenace à l'encontre du général qui l'avait contraint à l'exil après l'avoir destitué de son poste. Une fois obtenue la démission de Pervez Musharraf, Nawaz Sharif s'est rapproché des Etats-Unis car son alliance avec le clan Bhutto n'était que de circonstance. Il n'était pas favorable à ce que Asif Ali Zardari, le leader du PPP, prenne la succession de Pervez Musharraf. Il était également hostile à la stratégie mise en place par le Parti du Peuple Pakistanais (PPP), le parti du clan Bhutto, envers les talibans pakistanais. Celui-ci a en effet reconstitué depuis son arrivé au pouvoir l'alliance des années 90 que Bhénazir Bhutto avait passé avec les radicaux de l'armée pakistanaise et de l'ISI proches des islamistes et qui avait contribué à la victoire des talibans en Afghanistan. Les Américains le savent. Ces derniers ont fermement condamné cette stratégie gouvernementale qui consiste depuis plusieurs mois a opter pour la "réconciliation nationale" avec les groupes talibans du Pakistan.

Or depuis les événements se sont accélérés. Comme je l'avais écrit dès le 28 mai, http://www.rebelles.info/article-19885878.html, cette alliance a eu des répercussions directes et néfastes sur la situation des troupes occidentales en Afghanistan. Plus que jamais les talibans et Al-Qaïda ont eu tout le loisir de se servir du Pakistan comme base arrière pour déstabiliser le pays et attaquer les forces de l'OTAN avec les résultats que l'on sait. Mais le tournant s'est produit le 07 juillet avec l'attentat contre l'ambassade de l'Inde à Kaboul. Depuis, les preuves qui impliquent l'ISI dans cette attaque se sont accumulées. Lors de la réunion au sommet l'amiral Mullen n'a pas hésité à évoquer devant le général pakistanais le problème posé par les services secrets militaires pakistanais (ISI) et sur les moyens à mettre en oeuvre pour régler ce problème. L'amiral a notamment évoqué le fait que dès juillet il avait donné au Premier ministre pakistanais les preuves de l'implication de l'ISI dans l'attentat du 07 juillet. Sans aucune conséquence. Et pour cause... C'est au cours de ce mois de juillet que les Etats-Unis ont compris qu'ils devaient changer de stratégie. Ne pouvant plus sauver Pervez Musharraf ils ont approché Nawaz Sharrif. Ils se sont également assurés de la fidélité des éléments "laïques" de l'armée pakistanaise. Ils ont décidé de lâcher définitivement le clan Bhutto et de le neutraliser. C'est tellement vrai que Richard Boucher, secrétaire d'Etat adjoint chargé de l'Asie du Sud, a violemment tancé Zalmay Khalilzad, ambassadeur des Etats-Unis à l'ONU, pour avoir "conseillé et aidé" sans autorisation, Asif Ali Zardari, le leader du PPP et candidat à la succession de Pervez Musharraf. On le voit, la rupture est totale.

Cette situation va entraîner des événements importants au Pakistan dans les prochains mois. Tous les coups seront permis. La tentative d'assassinat contre le Premier ministre pakistanais en est la preuve. Inversement la dénonciation par le gouvernement pakistanais, pour la première fois depuis le début de la "guerre contre le terrorisme", d'une attaque des forces américaines en provenance d'Afghanistan sur le territoire pakistanais est la preuve que le clan Bhutto n'attend plus rien de Washington. Cette dénonciation vise également à mettre les partisans des Etats-Unis dans une situation embarrassante vis-à-vis de l'opinion publique pakistanaise. Ces derniers peuvent légitimement craindre pour leur vie car le clan Bhutto, plus que jamais, joue à fond la carte de l'alliance avec les islamistes. Cette lutte à mort s'annonce sanglante.

David Bescond pour Rebelles.info
Par David Bescond - Publié dans : Dossier Pakistan - Communauté : La Cyber-résistance
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